Houaxay J353 Laos

Laos, sur la montagne

Publié le 3 Mar 2017

Ecrit à Houaxay le 4 mars 2017 - Km 10500 (total 16500 depuis la France)

Ce silence … 

L'enfer des klaxons s'est donc arrêté à la frontière ! Alléluia !

 

Vraiment, je ne me suis rendu compte réellement de l'intensité de la Chine et du Vietnam une fois passée la frontière. Ce qui m'a frappé en premier, c'est ce calme, cette absence d'avertisseur sonore, cette impression qu'en fermant les yeux je pouvais enfin entendre les bruits de la nature (et ceci inclus les coqs à mon plus grand regret). J'en rajoute un peu, car ce n'est pas comme ça dans tout le pays, mais après avoir été harcelé en continu par 5 mois de stimuli auditifs divers et variés, j'ai savouré la paix de mes premiers coups de pédales en terre non hostile.

 


Même la musique semble se mettre au diapason : l'abrutissante techno sino-viet (l'équivalent de notre infâme eurodance) est miraculeusement remplacée par des rythmes presque caribéens, à tendance reggae, cumbia ou zouk. Cela pose une ambiance. Les locaux savent aussi prendre le temps. Ils sont plus réservés, respectueux, avec le sourire moins facile mais tout aussi radieux. Et puis soudain, surgi de nulle part ...

… « Sabaidiiiiiii !! »

 

Encore plus mignon qu'une vidéo de chatons sur Facebook, les enfants prennent un malin plaisir à me saluer et agiter leur main au passage de mon vélo, alors qu'ados et adultes me gratifient le plus souvent d'un petit sourire complice, comme s'ils laissaient aux plus jeunes la primeur de se livrer à ce jeu de salutations fort sympathique. Si au Vietnam j'ai parfois eu l'impression d'être aussi populaire que Mickael Jackson, je me vois propulsé ici dans le rôle de la reine d'Angleterre. Je salue généreusement les badauds qui me rendent chaudement la pareille. 

 

Autre démarcation, c'est le nombre croissant d'autochtones pratiquant l'anglais. Cela simplifie les échanges et atténue cette sensation de « lost in translation ». Je pensais aussi avoir tout vu tant au niveau du gradient des côtes au Vietnam : les pentes laotiennes m'imposent des raidillons qui explosent les cuisses (et ce qui m'attend en Thaïlande devrait être bien plus corsé) !

 

Le point ultime qui change la vie du cyclocampeur, c'est la facilité déconcertante avec laquelle on déniche un beau bivouac. La faible densité de population du pays est telle que la nature offre de nouveau de nombreux et magnifiques spots de camping sauvage. Et lorsque ce n'est pas le cas, les terrains publics (par exemple une cour d'école) procurent un espace confortable et idéal pour passer la nuit. Avec souvent en prime la bénédiction bienveillante des locaux. 

 

Tout cela offre une expérience cycliste paisible et agréable. Je voyage de nouveau l'esprit tranquille, faisant vagabonder mes pensées sereinement, digérant lentement mais sûrement les événements hauts en couleurs de ces derniers mois. C'est aussi le premier réel dépaysement depuis mon débarquement en Chine. Pour un environnement pittoresque et un univers tout droit sorti d'une carte postale.

 

Février au Laos, c'est la haute saison touristique. J'ai d'ailleurs croisé le chemin de nombreux pédaleurs. C'est comme si tous les vélocistes du monde entier s'étaient donné rendez-vous sur ces routes, à un carrefour stratégique du sud-est asiatique. Avec certains, j'ai passé des moments formidables, avec d'autres j'ai partagé ma route, ou seulement tailler une bavette en guise de pause. C'est amusant de voir qu'il y a autant de personnalités que de façon de voyager à vélo. Du vacancier léger parti pour quelques semaines à l'aventurier chevronné qui a lâché notre monde cruel, je découvre un étonnant panel de baroudeurs à pédales. Mention spéciale à Lorenzo, basque espagnol, 91 pays à son actif pour 200.000 km et 19 ans de vadrouille en continu. Cela force le respect et l'admiration, forcément. Presque 20 ans de nomadisme et toujours avide de découvertes. Et aussi et surtout un grand bonjour à tous les autres, par ordre de rencontre : Nico et Alex (France), Jaimi (Angleterre), Henry et Wally (Belgique), Christa (Suisse), Homère (France), Antoine (France), Connie (Allemagne), Daniel (France), mes frogs adorés (Nico et Gokben), Bastien et Alexine (France, blog Tand'un rêve), Verena (Allemagne), Justin et Philippe (France), Meytte et JB (France), Marco (Italie) ... Liste non exhaustive, je n'ai malheureusement pas retenu tous les prénoms ! 

 

Depuis la frontière j'ai rejoint Ponshavan par la sereine route 7. Un plateau pour une transition parfaite entre le temps pourri du nord vietnam et les températures estivales de l'intérieur du Laos. Quelques montagnes plus tard, j'ai découvert Phoukoum puis Luang Prabang où j'ai fait une pause d'une semaine. Le temps de m'organiser pour faire un allez-retour en bus à Vientiane, j'avais mon visa thaïlandais à grapiller. Gratuit pour 2 mois, cadeau du nouveau roi thai. J'ai repris la route 13 puis la 1C pour atteindre ensuite Nong Khiaw. A partir de là, j'ai pratiqué un peu de piste jusqu'à Mung Ngio, petite bourgade touristique ma foi fort agréable. J'ai ensuite pris le bateau jusqu'à Mung Khua, tout près de la frontière vietnamienne (et de Dien Bien Phu où j'étais passé quelques mois auparavant). J'ai ressenti l'influence du pays limitrophe en flânant et trouvant dans les marchés des petits pains baguettes et autres delicatessen made in Vietnam. Je me suis enfin rapproché de la frontière chinoise en passant par Oudanxay (route 2E) puis Luang Nantha (route 13N puis 3) pour enfin me diriger vers la frontière thailandaise et Houaxay. Là encore, j'ai de nouveau perçu l'influence chinoise dans la région. J'ai retrouvé mes chauffeurs klaxonneurs, mes routiers lourds du pied et mes joyeux compères sans gêne. Cela me manquait tellement ! Présence aussi signalée par les nombreux travaux entrepris dans le coin pour exploiter les ressources naturelles, comme en témoignent ces nombreux barrages en construction. La Chine, pays de bâtisseurs, au pouvoir de destruction tranquille. Là où ils passent, la nature trépasse.

 

Je savoure donc ces splendides paysages laotiens en pensant que si j'y reviens un jour je ne suis pas sûr de les revoir. Car si la montagne réclame le sacrifice des mollets et le don de sueur abondante, la récompense est pour les yeux : de somptueuses lignes d'horizons, de féeriques levers et couchers de soleil, à savourer dans le calme, la tranquillité et la simplicité de ce pays qui j'espère conservera ses charmes aussi longtemps que ses bambins garderont leur innocence et spontanéité. 

 

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