J529 Flessingue Hollande (+Belgique)

L'autre pays du vélo

Publié le 30 Sep 2017

Je suis déjà de retour en France ! Mais avant ça - et après l'Allemagne - j'avais traversé la Hollande et la Belgique. Flashback à Flessingue le 27 aout 2017 - km 16600 (22600 au total) 


La Hollande, l'autre pays du vélo. Il se dit que là-bas, les bicyclettes sont plus nombreuses que les humains. Que c'est ici que la petite reine a récolté ses premiers galons européens. Dans les faits, on ne peut nier que tout ici est fait pour faciliter la vie du cycliste : des légions de pistes cyclables, une signalisation routière entièrement dédiée (différente de celle des piétons et voitures), des hectares de parking (dont certains surveillés), sans compter les milliers de magasins et ateliers entièrement dévoués à la cause de nos deux roues fétiches. Je m'y sens enfin compris, encadré, entouré par cette flamboyante communauté qui semble s'être affranchie de l'automobile, devenue pour le coup secondaire, moribonde, voire même inutile. 

 

Le summum et symbole de cette politique ultra favorable au vélo, c'est ce formidable réseau de carte routière publique. A chaque carrefour stratégique se trouve une plan de la région permettant de se repérer et de s'orienter facilement en fonction d'un ingénieux système de numérotation. C'est le confort ultime, même plus besoin de checker le GPS, tout est indiqué, mâché tout cuit dans le bec.

 

Oui mais voilà, malgré ce côté pratique indéniable, on est bien loin de la poésie des pistes cyclables allemandes, qui avec leur petit nom fantaisiste, donnait une thématique, une idée, une couleur, voire même du sens à la route. Plus généralement, j'ai été déçu par cette sur-organisation du pays, me laissant un arrière goût amer de platitude et d'interdiction. 

 

Un exemple concret : cette nature magnifique mais complètement barricadée, aménagée. C'est comme si elle ne servait à rien au cyclocampeur : y dénicher un bivouac est dans les faits assez compliqué. Cependant, vu le tarif prohibitif pratiqué sans vergogne par certains campings (on m'a parfois annoncé des prix dépassant les 25 euros la nuit !), je n'ai pas eu vraiment le choix, j'ai du redoubler d'effort et de recherche pour me trouver un spot convenable pour passer la nuit. Le hollandais ayant la réputation d'avoir la délation facile, cela a rajouté un petit côté "évadé du goulag" à mon voyage, ainsi qu'une satisfaction supplémentaire de planter ma tente, habilement planquée derrière les fagots. Depuis qu'elle ne peut plus interpeller les dangereux criminels fumeurs de haschich, la police locale s'occupe comme elle peut. Faut bien qu'elle se trouve un autre souffre-douleur.

 

Je suis arrivé dans le royaume de la brique rouge. Elle est ici omniprésente, tous les bâtiments en sont garnis : maisons, églises, mairies, immeubles, et même les routes en agglomération ! J'ai l'impression que rien ne dépasse, que rien n'est laissé au hasard. Tout ici est propreté et organisation.

 

Dans ce contexte de monotonie et planification à l'extrême, je me focalise et me réjouis des petits détails dont sont friands les néerlandais. Cette exquise délicatesse se traduit entre autre dans le soin royal qu'ils apportent à la décoration de la baie vitrée de leur maisonnette. C'est comme si il y avait un concours de celui qui aura la plus belle, la plus originale (voire même la plus kitsch). 

 

Je me fais aussi plein d'amis parmi les animaux de la ferme. Vaches, moutons, chevaux, mes nouveaux potos de route ne manquent jamais de me saluer gaiement via un enthousiaste mugissement, un chaleureux bêlement ou bien un crottin bien placé.

 

Je salue aussi de loin mes autres amis ailés qui volent en formation pour gagner des contrées plus ensoleillées. L'été passe si vite, et je n'ai pas même l'impression d'être encore sorti du printemps ! J'aurai finalement eu ma semaine de beau temps, bien vite balayée par une nouvelle vague de pluie et de vent (de face, évidemment) qui a accompagné mon entrée en Belgique. Winter is coming.

 

Depuis l'Allemagne, j'ai rejoint la partie nord-est de la Hollande, par Groningen puis Leuwarden, capitale du Friedsland. C'est une région possédant une identité forte et sa propre langue, à l'instar de la Bretagne. J'ai eu la chance d'avoir été reçu par des hôtes warmshower comme Jan (de Sint Jacobiparochie) qui m'ont bien expliqué les particularités historiques de la région. Sans ça, j'aurai eu l'impression de traverser une immensité plate et venteuse, de couleur verte, grise et bleue. Rembrandt s'est notamment marié à une fille du coin. Je me demande même s'il n'est pas resté là-bas un peu trop longtemps, vu le faible nombre de peintures de paysage à son actif ... Il aurait eu en effet bien du mal à y trouver l'inspiration.

 

J'ai ensuite traversé une longue digue de plus de 30 kilomètres (l'Afsluitdijk). Elle sépare littéralement l'océan de l'artificielle mer intérieure IJsselmer, protégeant ainsi les polders reculés des aléas des marées. Elle représente à elle seule tout le savoir faire des hollandais pour la gestion et maîtrise des terres inondables, faisant de leurs ingénieurs des spécialistes prisés à l'international. Pour sûr, ils auront un rôle à jouer pour éviter le pire dans la catastrophe annoncée de l'élévation du niveau de la mer. 

 

Après ça, j'ai rejoint la côte ouest de la mer du Nord. Ce fut une belle découverte, une magnifique et singulière piste cyclable (tracé de l'Eurovelo 12) traversant les dunes de l'intérieur, m'offrant le spectacle d'une nature préservée et d'apparence sauvage. J'y ai vu vaches musqués, cerfs et plein d'oiseaux. J'aurai aussi traversé Zandvort, que j'avais déjà atteint lors de mon premier voyage à vélo en août 2014, celui-là même qui a été la base de ce grand voyage en Europe et Asie. Ce fut un beau clin d’œil de revenir ici, presque un pèlerinage.

 

Pour finir en beauté les Pays-bas, j'ai trouvé à Flessingue, tout au sud de la belle région du Zeeland, un warmshower de légende chez Froukje et Paul. J'ai passé 3 nuits dans une fantastique auberge espagnole, une maison du bonheur ouverte à tous les cyclistes de passage. J'y ai connu entre autre Cadu, cyclocampeur brésilien que j'avais raté de peu en Thailande (et qui connait Nico et Gokben, mes hôtes de Chengdu : quel petit monde est celui des cyclocampeurs !). Nous avons voyagé ensemble jusqu'à Bruges, en Belgique, au cours d'une journée extrêmement pluvieuse. C'est un plaisir renouvelé de visiter pour la troisième fois la flamboyante Venise du Nord.

 

La Belgique a été une excellente transition de 3 nuits entre la France et la Hollande. Plus je m'y enfonçais, plus je retrouvais quelques caractéristiques de mon beau pays : le retour des calvaires et des petites boulangeries, mais aussi le retour d'un certain laisser-aller, voire même d'un joyeux bordel. A Roeselae, je retrouvais Maëlys, une amie française de Barcelone qui elle aussi a commencé un périple à vélo il y a quelques mois. De chouettes retrouvailles fêtées dignement à la friterie du coin. Le lendemain je rejoignais la frontière française, en passant par Ypres : ce fut une petite surprise de trouver sur mon chemin de tels joyaux de vieille ville et de cathédrale. 

 

Je tiens aussi à remercier Marielle et Martjin de Groningue, Geart et Ydrina de Leuwarden ainsi qu'Aaron et Annemieke de La Haye qui ont été de parfaits hôtes, avec qui j'ai passé d'agréables moments de partage, tous aussi différents qu'intéressants. Je dois avouer que je commence à peaufiner sérieusement mon art de la crêpe, que je prépare assez souvent à mes hôtes s'ils m'invitent à rester plus d'une nuit. 

 

Grande nouvelle : j'en rêvais depuis le Japon et depuis que j'en avais goûté le confort auprès de mes compères suisses de hop-hop-hop. Et j'ai finalement cédé à la tentation des soldes dans l'un des innombrables temples de l'équipement outdoor qui jonchent le pays, à la Haye. L'achat de cette chaise ultra-légère me fait franchir un cap dans la hiérarchie des campeurs : de misérable baroudeur qui parfois mangeait à même le trottoir je me vois dorénavant propulser au rang d'honnête voyageur civilisé, voire même (allez, soyons fou) de baron du bivouac. S’asseoir, un plaisir simple qui change la vie et économise les lombaires. Plaisir qui rentre aussi pile poil dans l'une de mes sacoches arrières.

 

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J514 Breme Allemagne

Rendez-vous en terre connue

Publié le 3 Sep 2017
Catégorie Allemagne

En réalité je suis déjà en train de finir la Hollande, mais je voulais revenir sur l'Allemagne dans un article à part entière. Article commencé à Brême, km 15900 (21900 depuis le départ de France). 

Sur la côte de la mer baltique, se dressait au loin cet obstacle administratif russe : cette petite enclave du nom de Kaliningrad nécessitait pour la traverser un visa compliqué et coûteux à obtenir. Plutôt que de m'orienter vers la Pologne et ses terres caniculaires, j'ai décidé de poursuivre sur la fraîche partie nord de l'Europe. C'est donc par la voie maritime que je suis sorti de Lituanie. 15 heures de traversée en ferry. 

 

Ces longs trajets me déboussolent toujours un peu, me donnent parfois l'impression de faire un bond dans le temps. Bien que je reste un apôtre du voyage lent et de la transition en douceur, une petite « téléportation » de temps en temps ajoute un peu de sel au voyage. Si les différences entre les pays d'Europe sont moins marquées que celles des pays d'Asie, il y a tout de même cette diversité, ces caractères propres qui font de notre continent une belle mosaïque de cultures, toujours stimulantes à appréhender. Ça y est, cette fois-ci, j'ai vraiment l'impression de faire mon retour en terre connue ! D'autant plus qu'on me prend vraiment pour un local : il n'est pas rare ici qu'un passant me demande sa route (dans la langue de Goethe dont je ne pige pas un mot).

 

Du port de Klaipeda, je rejoins celui de Kiel. Il ne manquait plus qu'un seul K pour que je me retrouve à Charlottesville aux Etats-Unis ! Je l'ai échappé belle. J'appréhendais un peu le retour en Allemagne, c'est vrai. Je partais avec un petit à priori du à mon passage en Bavière : même si j'y avais fait de belles rencontres, vu de belles choses, j'avais le souvenir d'une région un peu repliée sur elle-même, méfiante vis à vis de l'étranger. Alors que là je retrouve les vertus du bonjour spontané, du sourire gratuit et de la curiosité bien placée. 

 

Parmi les différences les plus notables avec les pays baltes : tout d'abord les routes, impeccables. Ils se payent même le luxe d'asphalter ou de bétonner leurs chemins de traverse. C'est vraiment le top, je peux me déplacer où bon me semble sans m'inquiéter de l'état de la chaussée. Il y a aussi un réseau de voies vertes assez complet, organisé par thème, chacun proposant sa signalisation propre. Il y a de la poésie à composer son itinéraire, à passer à travers champs, plaines et longer ces paisibles rivières. Je dois aussi m'adapter à l'horaire d'ouverture limité des magasins. Je suis en même temps très heureux pour les autochtones qui peuvent profiter de leur temps libre, ou s'organiser une vie de famille sans se voir infliger de la trime obligatoire les dimanches et les jours fériés. A noter aussi, la richesse des possibilités de bivouac. Je n'ai qu'à chercher 10-15 min pour dénicher un spot de rêve !

 

Depuis 2 ans, j'ai appris à lire dans les cumulus pour connaître le sort météorologique que me réservait le ciel. Après avoir aiguisé finement mon sens de l'orientation, j'ai l'occasion en Allemagne de peaufiner un 7ème sens découvert en Mongolie : l'art divinatoire climatique. Ici, il peut y avoir les 4 saisons dans une même semaine. La canicule est un lointain souvenir que je ne m'aime pas convoquer. Je me complais dans cet été grisâtre et venteux, qui me fait apprécier d'autant plus les fréquentes sorties du soleil.

 

Rester la tête dans les nuages ne comporte pas que des avantages. Je paye comptant ce déficit d'attention avec les pertes en chaîne de nombreux petits items de voyage, tous plus utiles les uns que les autres. Adieu serviette micro-fibre, fidèle compteur (snif), câble anti-vol fétiche (resnif) et consorts … Que je remplace toutefois aisément tant ce beau pays regorge de cavernes d'Ali Baba du cycliste. Rentrer ne serait-ce que dans la plus modeste d'entre elles fait briller mes yeux de mille feux. 

 

Je développe aussi de nouvelles compétences. Je pense peut-être déjà inconsciemment à ma reconversion post-voyage. Je m'initie ainsi aux plaisirs de la couture sur mon short qui agonise lentement et m'offre à rafistoler chaque semaine des trous inédits et des déchirures d'origine mystérieuse. Il y aura bien un jour où il finira dans le cambouis, comme chiffon de nettoyage pour ma chaîne. Je lui dois bien ça après ces 2 années de fidèle compagnonnage. Et puis, je crois que c'est ce qu'il aurait voulu, au fond. 

 

J'assiste plus généralement à une détérioration globale de tout mon matériel. Comme s'il sentait approcher la fin. Mon smartphone a lutté courageusement de longues semaines contre la panne finale, pour finalement me claquer entre les doigts, à bout de souffle. J'ai du le remplacer au pied levé, puisque je voyage avec une appli GPS, sans carte papier. Je me rends ainsi compte à quel point je suis dépendant de l'électronique, pas toujours très fiable en voyage. Je dois avouer, si j'avais été un peu plus superstitieux, j'aurais pu largement me demander quel genre d'esprit malicieux a pu se glisser dans mes sacoches en Asie, me jouant quotidiennement de vilains tours de passe-passe. 

 

Après Kiel, je quitte définitivement les plages sableuses de la Mer Baltique pour rejoindre l'autre côte à une centaine de kilomètres de là, celle de la Mer du Nord. C'est un grand changement de paysage. J'y découvre des hectares de champs d'éoliennes et de longues digues issus du travail de l'homme. Ces dernières ont plusieurs fonctions : protéger l'arrière-pays du vent, des inondations et des fortes marées, puis gagner de nouvelles terres sur le monde marin, qui seront utiles pour l'exploitation agricole (le pendant des fameux polders hollandais). C'est ici le royaume du mouton. Il est en fait nécessaire à l'entretien des pelouses de ces barricades maritimes, l'élément-clef de cet écosystème artificiel. C'est mon warmshower Bianca qui s'est chargée de me faire découvrir les secrets de sa région et des fossés de drainage. Elle me présenta aussi sa fière jument, l'occasion de passer un chouette moment dans les écuries de son village. 

 

Longer le littoral puis les berges de l'Elbe m'a ensuite amené jusqu'à la ville de Hambourg, un gros coup de cœur. Elle a tout d'une capitale sans l'être : quartiers branché, populaire, bourgeois, et puis aussi tous les parcs, musées, monuments, gares … Cette métropole se divise en deux parties distinctes : sur la rive nord se trouve la ville organique et sur la rive sud la partie industrielle. Malgré cette séparation physique, Hambourg assume parfaitement son passé manufacturier en montrant la volonté d'incorporer ces industries dans le paysage urbain. Ainsi, depuis le balcon panoramique de la Philharmonie de l'Elbe, bâtiment emblématique de la ville avec son architecture moderne, on peut observer au loin cette singulière ligne d'horizon, nous révélant à travers brume cheminées et grues géantes. Patrick et Marleen ont été de parfaits hôtes.

 

C'est dans une autre grande ville que j'ai effectué une dernière halte. Brême s'articule autour de son stade de foot et d'un centre historique de toute beauté. Jochen, local de l'étape et francophile, s'est appliqué à me montrer quelques sympathiques recoins de sa belle cité. Merci encore ! C'est vrai qu'il fait bon vivre en Allemagne. L'atmosphère est relax, apaisée. Vous l'aurez deviné, j'ai beaucoup aimé rouler dans cette partie du pays, c'est une belle surprise. Je remercie aussi du fond du cœur Sinje (Kiel) et Desiree (Rendsburg), mes deux premiers hôtes warmshower, qui ont aussi contribué à faire de cette expérience allemande une réussite.

 

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J501 Klaipeda Lituanie (+Lettonie)

L'ours de la baltique

Ecrit à Klaipeda, le dimanche 30 juillet 2017 – Km 15400 (21400 depuis le départ de France)

Au risque de décevoir certains, je ne vais pas ménager le suspens plus longtemps. Je n'ai vu aucun ours en Lettonie. Ni même dans aucun autre pays (même si j'ai bivouaqué par inadvertance dans une réserve d'ours en Croatie). En fait, l'ours, c'est moi. S'il se prolonge, le voyage en solo peut donner à son protagoniste des habitudes de grizzli et le tempérament peu sociable de l'ours mal léché. Avec parfois l'envie de ne pas se mélanger, de rester spectateur.

 

Ce n'est pas une sensation déplaisante, bien au contraire, j'apprends à chérir ces moments, à les apprécier à leur juste valeur. Ce sentiment de détachement peut favoriser des périodes propices à la réflexion et l'observation. Ainsi, en contemplant des scènes de la vie courante, j'ai parfois l'impression de m'immiscer furtivement dans la réalité des gens. Tel le passager d'un train qui scrute le paysage à travers la baie vitrée, il y a cette distance. Ce qui restera pour moi un souvenir lointain sera peut-être un événement majeur de la vie d'un homme. 

 

Je reste toutefois ouvert aux rencontres, et occasionnellement me laisse sortir de cet état extatique pour apprécier la compagnie et la discussion. Frederik (Belgique) a été un bref mais excellent  compagnon de route, bien plus flexible et rodé au voyage en duo que moi. J'ai aussi fait de merveilleuses rencontres grâce aux réseaux d'hospitalité : Laura a été un guide zelé à Sigulda et Victorija m'a hébergé dans sa maison verdoyante en plein Riga. Cela a été aussi une super et enrichissante rencontre couchsurfing avec Ema et Augustas à Klaipeda, qui m'ont promené gaiement au célèbre et annuel festival de la mer.

 

La plus belle des soirées a été avec David et Zane, un chaleureux couple franco-letton vivant à Kuldiga. David a rencontré Zane au tout début de son voyage (5 ans en vélo dans tous les recoins de l'Europe). Zane l'a attendu tout ce temps, telle une Pénélope espérant son Ulysse - le rejoignant tout de même dès que l'opportunité se présentait. Ils se sont mariés en juillet dernier, peu après la fin de son périple. Ce fut un copieux dîner à échanger nos points de vue sur le voyage, à nous raconter quelques étonnantes histoires. David m'a notamment indiqué des pistes intéressantes pour franchir quelques paliers de liberté. Je les médite toujours. Le lendemain, Zane m'a gratifié de ses précieux conseils de kiné pour m'aider à gérer ce mal de dos.

 

Par ailleurs, à cette période de l'année, cette route longeant la côte baltique est très empruntée par les cyclo-touristes, alors je taille allègrement la bavette avec ceux qui veulent bien s'arrêter un moment. Certains autres semblent être un peu pressés … Je ne veux pas bousculer leur planning. 

 

C'est vrai qu'il y a tant à voir sur cette belle côte sauvage lettonne. Tous les oiseaux du monde semblent s'y être donnés rendez-vous, et notamment les majestueuses cigognes. Il y en a partout ici, c'est la première fois de mon voyage où je regrette de ne pas avoir emporté mon téléobjectif. Je les observe de près, perchés sur leur imposant nid, d'où elles me surveillent d'un œil inquiet mais tout aussi curieux que le mien. J'ai tout le loisir de les admirer élever leur progéniture, de constater la croissance rapide de leurs petits, qui apprennent à voler sous le regard bienveillant de leurs parents. Je pourrais même peut-être bientôt assister à leur premier envol !

 

Le printemps a duré jusqu'à la mi-juillet. J'ai beaucoup apprécié rouler avec des températures fraîches, maintenant, je profite des températures idéales. Pour mon anniversaire, cela a été une journée parfaite, à rouler sous un soleil clément, avec un beau spot de camping sauvage à la clef. J'ai déniché aussi quelques bivouacs mémorables en bord de plage, lorsque le vent le permettait. L'un d'entre eux, ce fut dans un endroit assez particulier surnommé le Ziemelu Forti, au milieu des bunkers issus de l'occupation soviétique (merci David pour le tuyau).

 

Ce qui me donne l'occasion d'ouvrir une petite parenthèse historique. Si l'indépendance officielle de la Lettonie a été déclarée en 1920, dans la pratique, ce territoire a été longtemps sous occupation allemande et soviétique. C'est réellement en 1991, 2 ans après la chute du mur de Berlin, que les lettons ont pu reprendre complètement leur souveraineté. En attestent les nombreux drapeaux bordeaux et blanc flottant fièrement dans les jardins locaux. 

 

Si ces bunkers datent probablement d'après la seconde guerre mondiale, c'est en revanche la guerre 14-18 sur mes jambes : s'y accumulent les nombreux cratères issus du pilonnement adverse, sans que je puisse vraiment y opposer quelconque résistance. Les moustiques aiment le sang chaud, et c'est vrai qu'en leur présence, je perds totalement mon sang froid. 

 

Au rayon des incommodités, dans un autre genre, il y a les fameuses « gravel roads » lettones. Ce sont des routes qui ne le sont pas encore vraiment, sorte de bâtardes entre voie asphaltée et chemin de terre, qui offrent les inconvénients cumulés des deux : progression difficile et tracé ennuyeux. Avec en bonus : les nuages de poussière que les voitures y produisent en roulant à tombeau ouvert et ces mini-vaguelettes sableuses, les petites sœurs de celles qui m'ont rendu fou en Mongolie. En résumé, j'essaie de les éviter au maximum. 

 

Par rapport à l'Estonie, il y a aussi quelques changements notables. Tout d'abord au niveau du langage, celui-ci étant plus proche du russe, alors que l'estonien était plus proche du finnois. Cela a d'ailleurs été une entrée en matière assez rocambolesque. A peine passée la frontière qu'un gamin sur son vélo - ce traître - m'a gratifié d'un énergétique mais peu assuré « fuck you motherfucker bitch » avant de s'enfuir, en pouffant. J'ai tout de suite compris qu'ici communiquer en anglais allait être assez simple, et me suis ensuite réjouis de constater que les gens du cru devaient être moins timides que finlandais et estoniens. Chou blanc, car en plus d'être plus sociables et curieux, ils sont aussi très sympas. 

 

Je suis aussi ravi des spécialités que me proposent les boulangeries. En attendant la France, je peux me consoler en me délectant de moultes delicatessen : gâteau au miel, pâte fourrée au lait concentré caramélisé, mini-pizza, génoise à la crème et aux fraises, gâteau à la rhubarbe, mon préféré restant le « Napoléon », le mille-feuille du terroir. L'offre de pain est pléthorique et de qualité. 

 

Juste après la frontière avec l'Estonie, j'ai bifurqué dans les terres pour éviter de me coltiner la grosse et engorgée nationale qui longe la côte. J'ai traversé des petites villes pittoresques à l'instar de Limbazi, avec leur cortège de maisons traditionnelles en bois. J'ai ensuite passé quelques jours autour de Sigulda et sa magnifique vallée, pour moi le plus bel endroit en Lettonie. Les paysages y sont fort différents du reste du pays, c'est très vallonné, il y a aussi de nombreuses grottes et chutes d'eau, un panorama à couper le souffle et un beau château fraichement restauré. J'ai aussi passé quelques jours à Riga, qui à mon humble avis souffre un peu de la comparaison avec Tallinn. Puis j'ai ensuite emprunté une magnifique route de vallée entre Tukums, Talsi et Valdemarpils. Ce fut ensuite beaucoup plus ennuyeux de longer la côte jusqu'à la frontière lituanienne. J'ai eu cependant l'heureuse idée de repiquer une nouvelle fois dans l'arrière pays pour découvrir la charmante Kuldiga et sa chute d'eau la plus longue d'Europe. 

 

Après m’être habitué au côté sauvage et paisible de la Lettonie, cela a été un petit choc de me retrouver dans le pays voisin, la Lituanie. Le monde entier semble s'y être donné rendez-vous pour les congés d'été. On s'y bouscule, s'y entasse, chaque station balnéaire semble être arrivée au maximum de sa capacité d’accueil. 

 

La centaine de kilomètres de la côte lituanienne se divise en deux parties à peu près égales. La face nord, c'est celle qui est bondée (Palanga, Klaipeda). En revanche, la face sud est un parc naturel, une longiligne bande de terre parsemée de dunes impressionnantes (Nida). Sur les deux faces, le bivouac y est compliqué: sur l'une à cause de l'affluence humaine, sur l'autre à cause de son affluence en fourmis (et accessoirement parce que le camping sauvage y est interdit). J'y ai tout de même trouver un refuge idéal et un bivouac dont je me souviendrai tout ma vie : dans une providentielle tour d'observation d'oiseaux, qui ne peut pas mieux porter son nom. Pendant les 2 nuits où j'y ai élu domicile, j'ai vu passer hérons, cygnes, canards plongeurs et quelques cousins lointains de la mouette. J'ai pu aussi m’émouvoir un tantinet en admirant le royal vol d'un couple d'aigles à queue blanche. Il y a avait même une loutre de mer pour me tenir compagnie, en plus de la visite amicale de quelques promeneurs du dimanche : Ina et Vidis m'ont au passage invité à savourer le traditionnel poisson fumé, accompagné de thé à la confiture de mirabelles. 

 

Je quitte les pays baltes avec le sentiment d'y avoir trouvé une séduisante nature, et la satisfaction d'avoir découvert de nouvelles cultures, de nouveaux horizons, sur ces terres aussi riches de leur différences que de leur histoire commune. J'y ai aussi beaucoup ressenti l'influence russe, alors qu'en fait, chacun des 3 pays essaye tant bien que mal de s'affranchir de la présence de leur envahissant voisin. Pour ma prochaine étape, cela sera un saut dans un univers beaucoup plus familier. Mais avec toujours la même envie, la même volonté de profiter de la route et des surprises qu'elle me réserve encore pour les semaines à venir … 

 

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J473 Parnu Estonie

La nature estonienne

Ecrit à Parnu le 2 juillet 2017 – km 14200 (20200 au total)

Après cette boucle finlandaise, je change donc de cap : à partir de Tallinn, j'entame vraiment le retour en terre natale. Et des caps, j'en ai franchi quelques uns pendant le voyage. Les deux derniers étant les plus symboliques : je fêtais ce 1er juillet le second anniversaire de mon départ, et quelques jours plus tôt, le dépassement de la barre symbolique des 20.000 kilomètres. J'en aurai vu des paysages, fait, de belles rencontres. Et tout un tas de choses qui ne peuvent pas se quantifier réellement … Ma pension retraite sera bien maigre mais ma boite à souvenirs bien remplie.

 

En découvrant l'Estonie, je m'enfonce encore un peu plus dans la nature et le sauvage, dont la Finlande m'avait déjà donné un bel aperçu. Je suis allé de surprise en surprise. Je m'attendais à trouver de nombreuses reliques du passé soviétique, je découvre à la place des villes qui ont remarquablement bien conservé leur caractère de l'époque du Moyen-Age, à l'instar de Tallinn. Ce fut seulement à partir du moment où j'ai arpenté ses rues pavées que j'ai véritablement eu l'impression d'être de retour en Europe. L'architecture ressemble beaucoup à ce que l'on peut trouver dans les villes médiévales de Bavière : des couleurs chatoyantes, des devantures de maisons historiques, des petites ruelles donnant sur des impasses, pas de doute, on est à 100.000 lieues de la froideur et de la rationalité du style scandinave.

 

J'apprécie aussi les nombreuses églises parsemées sur mon chemin. Je dois avouer que de tous les édifices religieux, sur l'aspect extérieur, ce sont elles qui me procurent le plus de fascination. De part leur histoire, leur cachet, leur variété dans l'architecture, leur présence en hauteur. La vue d'un clocher est toujours pour moi l'occasion de prendre une petite pause, à essayer de repérer ici ou là quelques particularités. Quel dommage qu'elles se retrouvent le plus souvent portes closes. C'est une tendance générale en Europe, à mon plus grand regret.

 

J'ai aussi réglé mes pendules pour enfin profiter des couchers de soleil, qui représentent la récompense de fin de parcours. Il ne fait pas encore bien chaud, alors je peux me permettre le luxe de me réveiller tard le matin sans pour autant que cela ne soit le sauna dans la tente. Leur particularité, c'est qu'ils se dégustent paisiblement, le soleil prenant tout son temps pour s'éclipser totalement. On a tout le loisir de s'imprégner des couleurs et d'apprécier les différentes transitions de lumière, c'est un régal pour les yeux. 

 

En journée, je savoure les cadeaux de la nature estonienne. C'est la période de nidation des oiseaux, alors je peux les observer élever tendrement leur progéniture. Les températures fraîches et cet air revigorant de bord de mer fait l'idéal de ces nombreux migrateurs, qui ne se trompent sûrement pas en choisissant la côte baltique comme refuge estival. J'y ai croisé cigognes, cygnes, mouettes, canards sauvages, aigles de mer et tout un tas d'autres volatiles dont je ne saurais vous conter le nom. Le plus étrange d'entre eux : une sorte de petite autruche à corps de paon. Elle se promène tranquillement dans les champs, à découvert, le plus souvent en couple, et vocifère comme un pachyderme dès qu'elle se sent en danger (on me souffle dans l'oreillette que cet animal chimérique a en fait un nom : grue). 

 

Ce qui doit aussi attirer ce joyeux groupe de becs et de plumes, ce sont ces nuées de (maudits) moustiques. A la différence de leurs confrères asiatiques, ils attaquent tout au long de la journée (avec une préférence pour le crépuscule qui dure des heures à cette latitude). Ils sont énormes et piquent à l'aise à travers une simple couche de vêtement. Cette taille XL fait aussi leur point faible. On a largement le temps de les voir venir et de leur infliger le seul traitement qui leur convient : une bonne baffe létale qui les enverra dans les abîmes de l'enfer des insectes. 

 

Ces chers amis pompeurs de sang complètent un trio infernal de nuisance du cyclo-campeur avec le vent et la pluie. Ils se relaient l'un après l'autre, consciencieusement, pour m'éviter la vie trop facile. Je me réjouis donc de l'arrivée du vent qui chasse les mini-vampires, de l'intrusion de la pluie qui stoppe net le flux du vent, et apprécie tout autant la fin du souffle divin, qui signifie cependant le retour des bourdonnements dans les oreilles. Un équilibre parfait que ne me laisse aucun répit. Merci mère Nature. 

 

Et le vent en Estonie, ce plat pays (qui n'est pas le mien), quand il souffle frontalement, cela rend la progression aussi difficile qu'en montagne. Le sifflement dans les oreilles et le fouettement des pommettes en sus. Lorsqu'il s'invite sur de monotones routes découpées à travers la forêt, cela donne des étapes carrément usantes, autant pour le physique que pour le moral. J'ai beau me plaindre, ces minimes inconvénients ne font pas le poids par rapport à tous les bienfaits et toutes les joies qu'apportent le voyage à vélo, alors j'encaisse avec plaisir et bonne humeur, et profite de chaque instant de repos pour me préparer à affronter le prochain obstacle qui se profile déjà à l'horizon. J'ai aussi mes armes secrètes de motivation personnelle : ma musique et mes podcasts me permettent de faire abstraction et de voyager intérieurement. A signaler tout de même : les températures sont en ce moment idéales pour pédaler. On ne peut pas tout avoir.

 

Concernant l'Eurovélo 10 en Estonie. C'est une surprise mais ils jouent particulièrement bien le jeu. Le sentier est entièrement balisé, même si sans une attention accrue on peut perdre assez rapidement le fil. Par contre, le tracé est bâclé, la plupart du temps passant par des routes sans intérêt particulier. J'imagine qu'il a du être conçu par un cycliste sportif et pressé qui se souciait plus du rendement énergétique de la chaussée que du panorama. Ce n'est pas bien grave, je recompose moi-même mon itinéraire en choisissant d'autres routes moins directes ou en moins bon état, sortant assez rapidement de la léthargie proposée.

 

Je rencontre aussi de nouveau beaucoup de cyclo-campeurs. Cela ne m'était pas arrivé depuis le Laos. Beaucoup de Finlandais en quête d'aventure hors de leur pays, mais aussi quelques français (petits clins d’œil à Lionel et Aurélie avec qui j'aurai partagé de sympathiques discussions, et un autre couple, Susanne et Jean-Claude, qui commencent leur retraite sur les meilleurs des chapeaux de roues). J'ai aussi rencontré d'autres nomades en camping-car : un ptit bonjour à la famille Lyytinen, avec qui j'ai aussi passé de chouettes moments, quelques parties de Uno et de Trivial Poursuit, à Kuressaare puis Parnu. 

 

Après 2 nuits à Tallinn, j'ai donc pris le cap sud-ouest et longé la côte. J'ai fait un détour sur les îles de Hiuuma et Sareema, et célébré la fête de la Saint-Jean locale à Kuressaare. Avec un grand feu comme on le faisait à l'époque en France, avant l'arrivée puis le succès de la fête de la musique Jacklanguaise. La « midsummer party », c'est l'une des dates les plus importantes et festoyées dans le nord de l’Europe, alors c'était sympa de pouvoir en profiter avec des locaux. J'ai pris ma seconde pause estonienne à Parnu, pendant un festival médiéval. En réalité, j'ai plus profité de mon lit et de la paix de l'auberge Vintsi pour me reposer et reprendre quelques forces avant d'entrer en Lettonie, ma prochaine destination … 

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J456 Helsinki Finlande

La thérapie des chocs

Ecrit à Helsinki le 15 juin 2017 - km 13500 (19500 depuis le départ de France)

Inutile de ménager le suspens plus longtemps, j'ai choisi le retour en Europe ! Mais pourquoi donc ? Déjà , je n'en pouvais plus du climat post-apocalyptique de l'Asie du sud-est. Cette chaleur combinée à cette haute humidité, cela va un temps, mais on se lasse assez vite de transpirer continuellement à grosses gouttes. Ensuite, j'aurais pu tenter une nouvelle aventure en Amérique du Sud, et d'ailleurs j'en avais grand envie. C'est un peu mon rêve de retourner là-bas, de visiter les pays que je n'ai pas pu faire en 2010.

 

Mais voilà, depuis le départ, mais surtout depuis l'Asie, je souffre de mal de dos chronique. Cela pourrit le voyage parfois. Je pensais qu'avec la pratique cette douleur allait s'effacer un jour, mais bien au contraire, cela empire. J'ai mis du temps à m'en rendre compte, mais je soupçonne mon vélo d'être trop petit. Je partais sans aucune expérience de cycliste, et maintenant, j'ai quelques idées en tête pour arranger ça. Cependant, cela aurait été difficile d'effectuer ces réglages à la volée. Un retour en France s'imposait. D'autant plus que cela faisait un bail que je n'avais pas vu ma famille.

 

Mais pourquoi avoir atterrit à Helsinki alors me direz-vous. Et bien, peut-être parce que je suis un peu maboul. Mais pas que. L'idée de profiter encore d'un bel été à parcourir les routes d'Europe me plaisait tellement que je ne pouvais pas me résoudre à revenir directement en France. Après tout, j'ai déjà roulé presque 20.000 bornes avec ce vélo, je pouvais bien en rajouter quelques milliers de plus ! La Finlande, c'est un pays que je ne connaissais pas, avec en prime la perspective de rouler dans les pays baltes, par lesquels je voulais commencer mon tour du monde avorté en 2014, l'occasion était trop belle !

 

Helsinki, c'était aussi l'assurance de voler direct depuis Bangkok avec une compagnie d'avion sérieuse et transparente sur le transport de bicyclette : Finnair. Pour m'éviter une grosse montée d'adrénaline inutile. Finalement, ce qui a achevé de me persuader du bien fondé de ma décision, ce furent les prévisions météo : du froid ! Enfiiin, du froid ! Après un détour au Decathlon de Bangkok pour m’approvisionner en diverses petites laines, j'étais fin prêt et ultra-motivé pour le grand départ vers la Scandinavie.

 

Et effectivement, ce fut un choc. Enfin, plusieurs chocs. Le premier, mais celui qui m'a fait le plus plaisir, le choc de température. Sur la fin en Thaïlande, je tournais à du 35-40°C en journée avec des taux d'humidité dépassant allègrement les 90%, sans même de répit la nuit où le mercure ne descendait que très rarement en dessous des 30°C. Et bien ici, dans ma belle Finlande, quand je suis chanceux, c'est un beau soleil sous 15°C. Mais parfois je me tape des journées pluvieuses et bien venteuses à 8-10°C, et des nuits frisquettes autour de 2-3 minimum. J'ai sorti la couverture de survie (du Décathlon de Bangkok) mais je suis heureux comme un esquimau sur sa banquise. L'hiver en été, c'est un peu Noël avant l'heure.

 

Le changement d'heure ensuite. Je suis parti de Bangkok au petit matin le 26 mai, et 24 heures plus tard le même jour, quand enfin je me pieutais, le soleil ne s'était pas encore couché, lui. J'avoue que mes pendules ont été largement déréglées la première semaine. Ici le crépuscule, ce n'est pas avant 23h, et l'aube pointe le bout de son nez peu après 4h. Autant dire que je n'ai pas vu beaucoup de lever/coucher de soleil, à mon plus grand regret. Mais cela donne de belles lumières et un autre gros avantage : pas de stress pour trouver un bivouac avant la tombée de la nuit !

 

Troisième choc : le changement d'alimentation. J'ai toujours voulu manger local dans chacun des pays asiatique que j'ai traversé, cela faisait donc un bail que je n'avais pas encore goûté aux délices d'un bon fromage et d'un bon pain (à part à Hanoi où j'avais trouvé du camembert Président). Si si, en Finlande ! Je ne pensais pas l'écrire un jour mais ici, on trouve ça. En attendant d'avoir mieux ... Mon estomac a aussi un peu de mal à s'adapter à la profusion de charcuterie, produits laitiers et céréaliers. Et j'avoue aussi, soit dit en passant, que la street food asiatique me manque déjà. C'est nettement moins funky de faire ses emplettes au supermarché que de s’asseoir tranquillement à la table d'une échoppe, à attendre son riz sauté en sirotant une bière et regardant les passants.

 

Dernier choc et non pas des moindres : le choc culturel. Comment dire, après l'Asie, les relations humaines se sont raréfiées. Les finlandais se définissent eux-même comme « timides ». Et effectivement, difficile d'aborder les gens, le premier contact n'est pas facile. Alors qu'avant, croiser un cyclocampeur était synonyme d'arrêt immédiat et de discussion animée, ici je n'ai le droit qu'à un vulgaire mais très cordial « Hey ». Les maisons sont éloignées de la route, difficile dans ces conditions de croiser quelqu'un. Tout au plus, lorsque je dois aller recharger mes gourdes en eau, j'ai le droit à un petit mais sympathique échange verbal. Ou parfois quelques questions sur ma monture qui provoque toujours autant la curiosité des badauds. Je crois tout simplement que les uns ne sont plus habitués à rencontrer les autres. C'est pour cela que je me suis remis au Warmshower, ce réseau d'hospitalité réservé aux cyclistes. Cela me permet d'aller voir les locaux directement chez eux. Et de pouvoir constater que l'hospitalité et la gentillesse sont des constantes mondiales :) Timides mais super sympas les Finlandais ! (merci infiniment à Anna et Greg de Helsinki, Ville et Paivi de Salo et Panu de Turku)

 

Comme si tout cela ne semblait pas encore assez, j'ai carrément l'impression de sortir du réel quand je traverse un de ces petits bosquets perchés sur une improbable colline rocailleuse. Ils m'amènent tantôt dans des villages perdus composés de petites maisons en bois, avec église ou château finement restauré. Bucolique. La nature est ultra présente en Finlande, c'est vert et vallonné comme en Slovénie. Les Finlandais aime l'Environnement, qui le leur rend bien. Il y a d'ailleurs autant de beaux coins que de propriétés privées. Les bords d'eau et beaucoup de pans de forets sont le plus souvent colonisés par un de ses cottages, maisonnettes en bois typique de la région. Aussi, je suis absolument fasciné par ces nombreux bras de mer, rythmant le paysage et ressemblant à autant de petits lacs parsemés le long du chemin. Le bestiaire est plus classique : moineaux, lièvres et cerfs prennent la place des singes, geckos et autres perruches.

 

Helsinki est une petite capitale maritime très tranquille. A peine 600.000 habitants (et un peu plus d'un million pour sa grande banlieue). Il faut dire qu'après Bangkok la différence est énorme. La plus grande ville finlandaise a beaucoup de charme. Elle mélange sobrement l'architecture moderne, le style art nouveau et la bonne vieille brique rouge. Elle offre également beaucoup d'espaces publics, entre les nombreux parcs, la petite plage et les promenades le long de la riviera, les locaux sont clairement incités à profiter du bon air frais. Il a aussi pléthore de pistes cyclables ! C'est très agréable, malgré les quelques reliefs, de s'y déplacer à vélo.

 

Pour sortir de cette modeste métropole, j'ai fait de nouveau confiance au plus ambitieux des réseaux vélo-routiers, l'Eurovélo. Celle que j'emprunte actuellement est la numéro 10, mais bizarrement il n'y a aucun panneau indicateur ou infrastructure permettant de retrouver son chemin physiquement. Alors que ce projet devrait arriver à son terme en 2020, je mesure là l'ampleur de la tâche à accomplir. Tout porte à croire que le cyclotourisme n'est pas encore très développé en Finlande. Les causes : isolement géographique, rude climat d'hiver ?

 

Je suis donc le tracé GPS de son itinéraire théorique. Et comme d'habitude avec l'Eurovelo, on passe par des petits sentiers, des coins pittoresques qui évitent de subir les grands axes. J'ai adoré sortir d'Helsinki par son littoral, j'y ai déniché de secrètes plages et de somptueuses marinas. Pour rejoindre Turku, je suis passé par Ekenas et Salo, sur parfois des routes non bitumées ! Je ne m'attendais pas à en trouver ici, mais cela donne un petit côté aventureux fort plaisant.

 

Avant de partir visiter les pays baltes, je voulais parcourir un peu la Finlande, j'avais donc demandé quelques conseils d'endroits à visiter dans un rayon d'une à deux semaines d'Helsinki. Unanimement on m'a préconisé de pousser jusqu'à la route de l'archipel de Turku, tout au Sud Ouest du pays. Je ne suis pour ainsi dire pas déçu du détour, j'y ai même trouvé deux petites perles perdues au milieu de la mer baltique, les îles d'Utö et de Jurmo. L'un étant très différentes de l'autre. J'ai particulièrement apprécié Jurmo, pour son côté mystérieux et sa faune et flore originalement fournies. Pas le choix, une fois arrivé sur place, il faut y rester passer la nuit, la liaison ferry étant quotidienne. Ce furent deux grandes et belles nuits de bivouac, à observer les oiseaux et le soleil couchant (enfin), isolé du monde. Ce printemps est l'un des plus froid de mémoire de finlandais, alors le touriste ne se presse pas encore et j'ai encore l'impression de tout avoir pour moi tout seul. J'en profite !

 

Pour compléter la boucle jusqu'à Helsinki, j'ai passé quelques nuits de bivouac dans le parc naturel de Nuuksio, expérimentant le camping en forêt dense et atmosphère humide. Les installations du parc sont impeccables, et bon nombre d'habitants d'Helsinki y viennent passer la journée pour se promener puis se griller une petite saucisse au feu de bois.

 

Bref, j'ai adoré la Finlande, pour sa nature, sa tranquillité, sa fraîcheur, et pour ce qu'elle représente : le début d'une nouvelle étape de mon voyage, celle qui me mènera jusqu'à mon chez-moi.

 

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Istanbul J22 Turquie

Sur les rives du Bosphore

Ecrit à Istanbul le 6 avril 2016 - km 815

Il y a des villes qui font rêver, d'autres qui ne laissent pas indifférents. Istanbul fait pour moi partie de ces deux catégories à la fois. Non seulement mon imaginaire de la ville a été comblé, mais j'ai aussi découvert une ville agréable, atypique, où il fait bon vivre. Les locaux m'ont tous assuré qu'après les explosions la ville est beaucoup moins fréquentée, que les gens sortent moins. J'y ai toutefois constaté une stimulante activité, qui peut rivaliser avec les animées Barcelone et Amsterdam. Elle fait partie de ces endroits où je me verrais bien séjourner pour un peu plus qu'une simple visite … J'ai aimé la présence de l'eau du Bosphore, les multiples petits quartiers à forte personnalité et l'animation des rues. J'ai beaucoup moins aimé le trafic routier chaotique et l'incivilité des chauffeurs, la faible offre de transport en commun et de voies cyclables, ce qui fait d'Istanbul l'une des pire villes à vivre à vélo. 

 

Istanbul, de part sa position, est une ville carrefour. On y ressent la rencontre des cultures européennes et orientales. Mais bizarrement, elle n'est pas vraiment cosmopolite, en tous cas pas encore (il y aura bien un moment où Ryanair y ouvrira une ligne régulière). J'ai essayé de découvrir pourquoi en parlant ici et là, en recueillant quelques infos et il s'avère qu'elle le fut dans le passé, bien avant qu'on y chasse (ou assassine) les nombreux grecs et arméniens. A Istanbul, on y vient donc de toute la Turquie, c'est une vibrante et puissante métropole, mais qui n'a pour le moment pas encore effectué complètement sa mue en « ville-monde ».

 

C'est ici aussi pour moi la transition vers une autre aventure, encore plus exotique et lointaine, car je continuerai la route depuis Tokyo, au Japon. J'ai donc eu ces derniers jours de nombreuses préoccupations d'organisation. C'est à ce moment que je me suis rendu compte que ma bonne étoile de voyageur me suivait toujours, car j'ai été fort bien entouré et aidé par mes hôtes warmshower, qui m'ont grandement facilité la vie et les démarches. Je tiens donc à remercier Sinan, mais aussi et surtout Burak et son adorable famille pour ce soutien réconfortant et logistique. 

 

Au final, je quitte Istanbul avec des envies d'y revenir, et de traverser le pays qui va avec. La Turquie m'a laissé entrevoir une hospitalité sans faille de ses habitants, des paysages intéressants, une cuisine riche et bon marché, des locaux curieux et accueillants … Pour tout cela, j'y remettrai les roues un jour. 

 

***

J'effectue actuellement mes premiers moulinets au Japon, et le dépaysement est total !  C'est aussi un total plaisir de s'y déplacer à vélo, même dans cette immense cité qu'est Tokyo. Je m'y sens presque en sécurité. Je prends continuellement en plein visage une foule de petites nouveautés que j'assimile au fur à mesure. C'est un pays plein de promesses, et je suis enchanté à l'idée d'y rouler quelques semaines ... 

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Otmanli J10 Turquie

Un nouveau départ à Thessalonique

Ecrit à Otmanli le 23-03-16, km 555, jour 10

J'ai eu pendant cette pause toutes les raisons d'être heureux. J'ai revu ma famille et constaté que tout roulait pour eux, même sans vélo. J'ai revu mes amis, et me suis rendu compte à quel point j'étais chanceux de les avoir, eux et ma famille. J'ai continué à faire de belles rencontres, même hors contexte du voyage. Je suis revenu dans le bain de mon environnement proche avec l'aura et l'audace du voyageur, ouvert et positif, apaisé et constructif. Que ces moments sont passés rapidement, à tel point qu'en un coup de pédale me voilà de nouveau à enfourcher mon fidèle destrier.

 

Aussi enthousiasmant et excitant que peuvent se révéler les projets et le futur, pour le moment, mon avenir immédiat, c'est le voyage. Et c'est avant tout une remise à niveau vers le présent : c'est ici et maintenant que je dois vivre les moments, les apprécier et leur donner de la valeur. Me remettre sur la route est avant tout un retour dans l'immédiat.

C'est aussi une piqûre de rappel d'optimisme. Malgré les petites galères inhérentes à l'itinérance et à la bicyclette, chaque jour me rappelle à quel point il est important de les relativiser pour rester ouvert aux bons moments, qui eux sont au moins tout aussi nombreux (si ce n'est plus) que ces petits problèmes du quotidien.

Puisque j'en suis à parler de petites galères, mon vélo semble avoir toujours autant de succès avec les chiens, qui semblent s'être reproduits comme les pains de Jésus. Plusieurs fois par jour, je dois m'arrêter pour faire face à la colère territoriale de ses canidés enragés, devant moi aussi montrer les crocs pour prétendre à continuer mon chemin. Un véritable fléau. Et je ne blâme pas forcément ces pauvres bêtes, mais plutôt la négligence complaisante de leurs maîtres.

 

Et parmi les bons moments, je pourrais évoquer la générosité quotidienne des grecs et des turques, leur côté amical et protecteur. Les chouettes bivouacs que je déniche aussi chaque jour, ces coins semblaient parfois m'attendre depuis toujours. Les cadeaux inattendus, les découvertes culinaires fortuites, se sentir de mieux en mieux physiquement ... Mis bout à bout, ils me procurent une saine sensation de bien-être et de vie. Voyager à vélo, c'est vraiment le pied !

 

Cette première portion de périple, c'est avant tout un parcours en solitaire. Je trace, je mange, je campe, je profite des moments d'accalmie. Comme si j'avais ce besoin de me remettre dans l'esprit du voyageur rêveur, de me concentrer de nouveau pleinement sur la route. Et puis surtout, je crois bien que j'ai très envie de commencer au plus tôt l'aventure asiatique. Depuis la Turquie, c'est un peu différent, je fais plus de recontres, quelques pauses tchai ... J'ai aussi ralenti le rythme juste avant d'arriver à Tekirdag.

 

Je suis arrivé à Athènes par avion, et après quelques jours de préparation et de maintenance de mon vélo (je tiens à remercier particulièrement mon ami Spiros pour m'avoir tant aidé dans cette étape, et Véronique encore une fois pour m'avoir procuré ce point de chute si important) j'ai pris le train pour Thessalonique, où j'ai retrouvé le temps d'un dîner la famille avec qui j'avais voyagé quelques jours en Allemagne. Un très bon moment, qui m'a remis dans le bain de la baroude. Je leur souhaite d'ailleurs un super beau voyage, ils ont dorénavant troqué leur vélo contre des chariots de marche et ont l'ambition de remonter jusqu'à Venise à pattes. 

 

Et puis de Thessalonique, c'est un nouveau départ à deux roues sur la route d'Istanbul. Puisque c'est d'actualité, oui, j'ai vu des réfugiés, notamment non loin de Kavala, sur la côte. Encore une autre occasion de souligner l'hospitalité et la générosité des locaux qui en Europe se retrouve bien seul pour faire face à cet afflux migrateur massif. 

Que l'aventure commence !

 

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Athènes

Le bilan du cyclocampeur

Écrit sur le chemin du retour le 22/12/15

C'est l'heure de faire le bilan du voyage !

Ce périple … c'est (entre autres) :
  • 5 mois et demi (dont un mois de pause à Vienne suite au vol)
  • 6000 km
  • 9 pays traversés : La France, la Suisse, l'Allemagne, l'Autriche, la Slovénie, la Croatie, le Montenegro, l'Albanie et la Grèce (plus 2 villes visitées en Italie et Slovaquie : Trieste et Bratislava)
  • 2 vélos (gloups)
  • 4 crevaisons (dont 2 le même jour)
  • 5 cols à 800-1000 m d'altitude
  • (presque) jamais malade
  • 4 piquets de tente perdus
  • 1 chute (à l'arrêt à cause du vent)
  • 4 jeux de piles pour ma lampe frontale
  • beaucoup de sandwichs
  • encore plus de sourires
  • quelques potes animaux (dont 1 corbeau, j'en veux un pour moi !)
  • 1 piqûre de guêpe ...
  • infiniment plus de piqûres de moustiques ! ...

Mes nuits :
  • 44 bivouacs différents
  • 23 nuits dans 21 campings
  • 64 nuits chez 17 hôtes Warmshower (dont 37 nuits à Vienne)
  • 3 nuits chez 2 hôtes Couchsurfing
  • 5 nuits invité spontanément par 4 rencontres de la route (dont 2 nuits en mode camping)
  • 3 nuits dans 2 auberges de jeunesse
  • 8 nuits chez des amis (1+7)
  • 19 nuits dans 8 appartements de location (avec mon groupe)
  • 4 nuits chez 2 hôtes Airbnb (lors de la visite de mon amie Joy)
  •  
L'autre jour, à Athènes, on me demandait ce qui m'avait le plus marqué pendant ce voyage. Spontanément, j'ai répondu la solidarité qui a suivi le vol de mon vélo. Ce moment signifie tout à fait la large palette de sentiments que j'ai pu ressentir lors de ce road trip … Être en contact permanent avec la nature, les gens, les éléments, tout cela intensifie profondément les émotions, et l'on passe ainsi du bonheur au chagrin, de la souffrance à l'extase, du désespoir à l'euphorie, chaque micro-événement affecte de manière disproportionnée par rapport à ce que l'on pourrait vivre de manière sédentaire. Sur la route, on se sent vivre ! J'imagine que c'est aussi cette quête d'émotions fortes dans les plaisirs les plus simples qui m'a motivé chaque jour à découvrir un nouvel environnement.
 
Bien avant le début du voyage, on me demandait parfois la première intention de mon voyage. C'était avant tout une volonté délibérée d'expérimenter la liberté. 6 mois plus tard, est-ce un pari réussi ? Je dirai oui et non. D'une certaine manière, j'ai été libre. De choisir mon itinéraire, des personnes avec qui je parle, de mon rythme journalier … J'ai vécu une presque totale indépendance : voyager avec mon matériel de camping m'a donné la possibilité de ne pas dépendre des offres de logements, pédaler m'a affranchi des stations d'essence. Cependant, il y a toujours des éléments dont on va dépendre : le temps imparti pour atteindre un objectif donné, par exemple pour rejoindre un hôte, ou pour composer en fonction de la météo. J'ai parfois eu l'impression d'être prisonnier de certains paramètres. La bonne nouvelle, c'est que les objectifs dépendent uniquement de la personne qui les fixent. Il ne tient donc qu'à moi de ne plus m'en fixer. Barouder ainsi sans fin ni but, au gré du vent, est-ce cela la vraie liberté ? Honnêtement, je ne sais pas si je suis prêt à voler de la sorte, chaque cible auto-fixée m'ayant procuré une réelle motivation supplémentaire. Sans compter le plaisir de l’achèvement ! Il doit y avoir un juste milieu dans tout ça, à moi à l'avenir d'affiner ces réglages pour enfin goûter à mon Graal, cette liberté tant recherchée.
 
Et j'aurai la possibilité de peaufiner tout ça, car je continuerai ce voyage. En mars. Dans un premier temps, je reprendrai mon vélo à Athènes et me dirigerai en direction d'Istanbul. J'ai encore plus de 2 mois pour penser à la suite. Avec 2 options majeures : continuer sur ma lancée en Turquie pour enchaîner sur l'Iran et les pays en stan, ou alors prendre un avion à Istanbul et voler directement vers le grand Est pour une destination plus exotique comme le Japon. Prendre la décision de continuer ce voyage a été l'une des décisions les plus naturelles que j'ai eu à prendre. J'ai la motivation, le temps, la santé et il me reste des économies. Comment aurai-je pu concevoir un seul instant arrêter de faire ce qui me rend heureux ? Je me trouverai peut-être fort dépourvu quand la bise sera venu, mais avec quelques précieux trésors en mémoire. Certains investissent dans la pierre, moi j'investis dans le souvenir. 
 
Le dernier tronçon de la baroude a été nettement plus urbain. J'ai tout d'abord apprécié Patras et son ambiance détendue de vie estudiantine, où j'ai eu la visite de mon amie coréenne Joy. Et puis la campagne d'Egio, où nous avons fait la connaissance de Nikos et de son adorable famille. Ce fut ensuite la dernière ligne droite vers Athènes en solo, la côte nord du Péloponnèse, de plus en plus dense en population, de plus en plus aride, entre différentes teintes qui allèrent des multiples nuances de bleu du ciel et de la mer jusqu'au gris-ocre et de la terre. J'ai beaucoup aimé la capitale hellène, vivante et historique. Véronique, une amie française rencontrée en Inde, m'y a très gentiment laissé son appartement alors qu'elle n'y était même pas ! C'est sa fille, Athéna, qui fut donc mon dernier hôte et qui m'a fait sentir comme à la maison ! Athènes, j'y retournerai, alors j'aurai l'occasion de l'apprécier une fois de plus … To be continued :)
 

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Gefira Mpania J159 Grèce

La balade grecque

Ecrit le 07-12-15 à Patras (Grèce), km 2900 (+2700) - Jour 159

- Deutchland ? (deux options : ou je ressemble au prototype du cyclocampeur allemand, ou alors c'est une petite vérification d'un ennemi potentiel)
- No, France
- Ah, Holland ...
- No no, France
- Yes, François Hollande !
- Aaaah, OK :)

(On ne rate jamais une bonne blague avec notre François national)

Ainsi parfois un brin surréalistement les grecs entreprennent de briser la glace. Car ils ne manquent jamais de faire fonctionner leur curiosité, à mon plus grand plaisir. Dès lors que je m'arrête de pédaler, je me prépare à l'éventualité de tenir quelques bribes de conversations avec les gens de passage. On m'invite à boire un café, on m'offre des oranges, on me demande d'où je viens, où je vais. On ne perd jamais une occasion de me sourire et de me saluer. Yassou ! Ou bien Yass, Ya-Ya, Ya, Yassin,Ya filé, sans compter autres kalimera et j'en passe, énoncer le bonjour se décline à l'infini. Ou comment se présenter en entretenant la surprise. Le mieux dans tout ça, c'est que cette gentillesse est tout à fait gratuite. Oui, les grecs sont sympas par pur plaisir, ils n'ont rien à vendre au touriste de passage que je suis, seulement un moment à partager. Et je parierai même qu'ils sont tout aussi aimables avec le cyclocampeur allemand :)
 
Ce qu'on m'avait promis pour la côte croate, c'est finalement en Grèce que je le trouve. Une belle route littorale, sauvage, peu empruntée, avec des paysages à couper le souffle, une belle succession de montées et descentes maîtrisées, des petits villages de pêcheurs où le temps semble s'être arrêté … Longer l'Adriatique grecque me rend serein et heureux. Elle m'offre une toute nouvelle plénitude. Lorsque cette chaussée est complétée par un noble sentier de montagne, parées de ses plus chatoyantes couleurs d'automne, je peux vous assurer tranquillement que c'est l'itinéraire idéal pour cette fin de périple, un bel atterrissage en douceur. Le tout sur fond de températures encore estivales au cœur de la journée (jusqu'à 20°C et un soleil qui cogne) avec des nuitées nettement plus fraîches.
 
C'est une expérience en solo, de nouveau. Nos routes se sont séparées à Igoumenitsa, au second jour de notre sortie d'Albanie. Ce fut de bien belles semaines, intenses, à se découvrir puis s'apprécier. Je suis très heureux d'avoir partager ces moments avec Calvin, Max et Mona. C'est aussi une manière de voyager assez différente que prendre la route en solitaire. Le groupe prime sur l'individu, les décisions doivent être prises à l'unisson, un équilibre se créée, se perd, se retrouve. C'est un petit concentré de vie en communauté ! Au final, je sors de ce mois en équipe avec l'impression de connaître ces joyeux drilles depuis fort bien longtemps. 
 
Cependant, rouler pour ma pomme me manquait aussi (tout autant que mes ex-acolytes me manquent actuellement). Prendre mes propres décisions, m'arrêter inopinément pour photographier, m'attarder sur un détail, dénicher à l'improviste un endroit pour y passer la nuit … Je peaufine de nouveau mon art du bivouac, et goûte avec un petit plaisir égoïste les moments passés seul en compagnie des arbres, du sable et des couchers de soleil … Et même parfois de quelques renards !
 
Il y a toutefois une petite ombre au tableau : les chiens. En temps normal, je les adore. Ils deviennent cependant pour le cycliste l'ennemi héréditaire n°1, une menace qui a commencé à se manifester depuis la Croatie et qui prend ici une toute autre dimension. Ils défendent crocs et griffes leur territoire, avec zèle et acharnement. Tout va bien lorsqu'ils sont attachés ou séparés de mes cuissots par une clôture. Mais il arrive parfois quelques surprises : des portails mal fermés ou bien des chiens errants qui eux aussi ont leur soucis de gestion de lopin de terre … Je reste donc sur mes gardes à chaque aboiement, vérifiant par ici si la laisse est bien accrochée, par là si le grillage est bien ficelé. Avec dans la poche un petit caillou à brandir qui fait toujours son effet mais qu'heureusement je n'ai jamais encore eu à utiliser. C'est devenu ma caillasse porte-bonheur, dont j'espère n'avoir jamais à me séparer.
 

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Ksamil J150 Albanie

L'attente du cyclocampeur

Ecrit le 27/11/15 à Ksamil (Albanie) - Jour 150 - Km 2472 (+2700 km ancien compteur)

Ces derniers jours, j'ai pris deux décisions importantes pour la suite de mon voyage. Tout d'abord, de rentrer en France pour les fêtes de fin d'année. Ensuite, de reprendre la route à l'éclosion des premiers bourgeons. Il me reste donc un hiver à remplir, ce qui me donnera le temps de réfléchir aux prochaines cibles accessibles pour ma fléchette à deux roues. Une seule certitude, le point de nouveau départ sera l'arrivée finale du périple actuel: Athènes. J'ai en effet la possibilité d'y faire hiberner mon vélo chez une amie (Merci Véronique !). Quelque part, ce sera comme si je ne stoppais pas le voyage en cours, comme si je n'effectuais qu'une simple pause. Cette idée me plaît car je n'ai pas envie de m'arrêter en si bon chemin. J'évite ainsi le rude hiver qui se prépare et recharge sereinement mes batteries auprès des miens.
 
Car c'est vrai, l'hiver européen n'est pas vraiment la meilleure des saisons pour le cyclotouriste. Voguer toujours un peu plus vers le sud permet de retarder l'échéance de la rudesse des conditions météorologiques sans pour autant l'éviter éternellement. Nous sommes actuellement coincés dans le sud de l'Albanie depuis plusieurs jours (Himare, Sarande, Ksamil), attendant la fin des giboulées et autres orages pour pédaler de nouveau au sec. Le ciel est changeant, imprévisible, et seul s'armer de patience nous permettra d'économiser ces précieuses réserves de force mentale. Rouler mouiller, c'est une des principales craintes du cyclocampeur. 
 
C'est par contre un temps propice à la réflexion et pour prendre soin de son corps, reposer son esprit. Au menu des occupations quotidiennes nous comptons sur les jeux de cartes, l'épluchage des films de mon disque dur (lorsqu'il n'y a pas de coupure d'électricité), la mise à jour des lectures en cours et quelques conversations métaphysiques. C'est aussi dans ce genre de situation que la notion de groupe prend tout son sens. 
 
Les derniers 800 kilomètres qui me séparent d'ici à Athènes risquent donc d'être parcouru à un rythme un peu plus soutenu que prévu. Je ne me mets pourtant aucune pression. Ce qui compte avant tout : profiter de ce que la route m'offre comme j'ai tenté de le faire jusqu'à présent. Il y a quelques temps le fait de penser à une éventuelle fin de parcours m'aurait rendu triste et anxieux, mais la douce projection de retrouver famille et amis suffit à mon bonheur et me permet d'aborder ce dernier tronçon de route en toute quiétude, avec le sentiment d'avoir déjà vécu une aventure extraordinaire.
 
Depuis Tirana, nous avons traversé la morne plaine de la côte adriatique. Les paysages ne furent pas franchement hospitaliers. Il s'y prépare manifestement pour la prochaine décade une gigantesque invasion de touristes : les bâtiments en cours de construction pullulent, sans vraiment savoir si on aura un jour le privilège de pendre leur crémaillère.  Pour renouer enfin avec la splendeur de la nature, nous avons du franchir un rude col à plus de 1000 mètres d'altitude (le mont Cka), avec son lot de pentes raides et de transpiration inhérente. Aussi, j'ai eu la possibilité de découvrir le site archéologique de Butrint, inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco. Il témoigne de l'activité débordante de la région depuis l'Antiquité jusqu'au Moyen-Age, et rassemble en son seing de nombreux vestiges d'époques variées, cette petite presque-île ayant été dominée successivement par les grands empires grecs et romains (avec même un bref épisode de colonisation normande). L'Albanie est définitivement un pays différent, riche de par la chaleur de ses habitants et de par son histoire, et qui propose un réel dépaysement à celui qui saura apercevoir la beauté sous ce vernis de misère. J'aimerai y retourner un jour.
 
De la Grèce, je garde un souvenir impérissable des colonies de vacances où j'avais fêté mes 14 ans. Un séjour itinérant à découvrir les féeriques Cyclades : Amorgos, Santorin, la Crête … Plus j'y repense et plus j'ai l'intime conviction que c'est lors de cette première expérience encadrée de Liberté que j'ai été piqué la première fois par la mouche du voyage. En revenant ainsi sur mes traces d'apprenti backpacker, je boucle peut-être mon premier grand cycle de vie de baroude, ouvrant la voie à un nouveau que je souhaite encore plus riche et palpitant !

Je me souviens aussi des villages aux maisons blanches et volets bleus, du sourire des habitants et de l'excellente et saine cuisine des îles. J'imagine qu'après toutes ces années je vais mettre les pieds dans un tout autre pays. La crise étant depuis passée par là, je ne sais pas du tout à quoi m'attendre. Finalement, c'est peut-être mieux comme ça, de me laisser surprendre et d'écrire ce nouveau chapitre de mes aventures à partir d'une page totalement vierge. 

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Shkallnur J139 Albanie

Le Sourire Albanais

Ecrit à Shkallnur (Albanie) le 16/11/15 - km 2150 nouveau compteur (+2700 ancien compteur)

Bien sûr, nous sommes tous marqués par cet ignoble tragédie. 

Nous l'avons appris, en cette douce matinée d'automne, alors que nous nous réveillions paisiblement dans la demeure de la famille d'Izmir. A l'improviste, nous avons été chaleureusement invité à prendre part aux rituels domestiques alors que le soleil se couchait et que nous commençions à spéculer nerveusement sur la teneur de la nuit qui allait suivre. Alors même que se déroulait les attaques, nous vivions un intense moment de fraternité et d'amitié interculturel et inter-religieux, bien éloigné des principes intolérants qui ont conduit ces quelques tarés à répandre la terreur sur mon beau Paris. 
 
L'Albanie est d'ailleurs un exemple concret de cohabitation religieuse pacifique dans un pays à forte dominante mulsulmane. Dans les grandes villes se cotoient harmonieusement clochers et minarets, dans une atmosphère de paix sereine. Cette force tranquille, elle vient probablement du caractère enjoué et curieux des autochtones, à la fois protecteurs et chaleureux pour nous touristes à vélo. Le plus beau paysage que peut nous offrir ce pays, c'est le sourire de ses habitants... L'âme de l'Albanie.

A la simple évocation de mon pays d'origine, c'est avec un sincère désarroi que les albanais témoignent leur sympathie pour mes compatriotes. C'est un vif message de fraternité que je veux partager avec vous. Face à ce drame, nous devons rester unis dans la douleur, toute nationalité ou religion confondue. Pour combattre la haine, pour faire renaitre l'espoir, pour continuer à aspirer à la Liberté.
 
Concernant l'expérience baroudeuse, ce pays propose le premier réel dépaysement depuis le départ. J'ai bien cru retrouver sur bien des points ma chère et tendre "Mother India" : le chaos ambiant, le sourire et la curiosité des passants, les sympatoches chiens errants, les quelques vaches parsemées sur le chemin, la relativement haute densité de population, les petites boutiques spécialisées, le bruit des klaxons, le dodelinement de tête d'acquiescement, les enfants mendiants, la pauvreté et richesse apparente ... Tout ce qui fait de l'Inde un cocktail détonnant, l'Albanie le possède, sans pour autant exercer sur le touriste la même pression surréaliste. C'est un vrai plaisir de découvrir ce pays, à la fois si proche géographiquement et si loin dans les us de notre Europe. Reste un mystère à élucider : 70-80 % du parc automobile est composé de bonnes grosses berlines Mercedes, allant du tas de taules jusqu'au coupé rutilant. Magie du marketing ? Prédominance de l'apparence ? Confiance aveugle en la robustesse allemande ? 
 
Avant cela, malgré la beauté de la Croatie, rien ne nous avait préparé à la majesté des paysages monténégrins. Nous avons traversé une baie féérique, gravi un col à 1100m, bivouaqué à la belle étoile 100 m plus bas, savourant inoubliables coucher et lever de soleil. Nous avons campé au bord d'un marais, nous réchauffant au feu de bois, bivouaqué au pied d'une église ... Le Monténégro a été le tampon idéal entre ces deux grands pays, nous offrant le meilleur du spectacle naturel croate et une porte ouverte vers la chaleur des albanais. Jusqu'à Pogdorica, capitale sans âme de ce pays atypique. 3 nuits au paradis. 
 
Voyager à plusieurs se révèle aussi une expérience enrichissante. Le groupe lui-même se présente comme une entité vivante qui évolue au fil du temps. Tout d'abord en nombre : de 4 nous sommes à 7, puis à 8, ensuite à 6 pour enfin revenir enfin au nombre initial. Et puis en terme de relation : nous apprenons à nous connaitre, à gérer nos humeurs et rythmes différents. Une complicité se créée et les "privates jokes" se multiplient. Cette entité se présente sous la forme d'un cocon protecteur, nous donnant la force et la sécurité du nombre, l'envie de composer un destin commun. Toutefois, j'aspire aussi à tenter ma propre expérience du pays, de me remettre dans l'esprit du voyageur photographe, et pour cela, il me faudra quitter à contre-coeur cette joyeuse tribu qui est la mienne depuis plus de 2 semaines. Avec l'espoir non dissimulé de pouvoir rouler de nouveau à leur côté un jour prochain. Nos karmas sont dorénavant liés. 
 
Je pense aussi très fort à ma famille en France. Loin des yeux près du coeur, je vous envoie toutes mes ondes positives et mon affection à distance, et chaque kilomètre parcouru est pour moi l'occasion d'appliquer nos valeurs partagées de générosité et de respect. Je voyage aussi avec vous et vous embrasse bien fort. Avec des bises toutes spéciales à mon papy et ma mamy que j'adore.
 

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Dubrovnik J129 Croatie

Le rythme du cyclocampeur

Écrit à Dubrovnik le 06/11/2015 – km 1768 nouveau compteur (+ 2700 km ancien compteur)

Lorsque j'avais imaginé mon voyage automnal, je m'étais figuré les caprices de la météo et les fluctuations de fréquentation touristique. Cependant, j'avais oublié une notion essentielle : la durée d'ensoleillement. Car c'est elle qui conditionne le rythme de la journée du cyclocampeur. Souhaitant rouler au clair, lorsque le crépuscule pointe le bout de son nez à 17h00, il est préférable de commencer à chercher le bivouac à partir de 16h00. Il n'est même pas rare que je me retrouve dans les bras de Morphée bien avant le début du journal de 20h, alors plongé dans la nuit froide et humide. Le changement à l'heure d'hiver n'arrange rien et me décale d'autant plus du monde civilisé. Avec comme conséquence fâcheuse de raccourcir considérablement le temps de pédalage journalier, et donc le nombre de kilomètres potentiellement accomplis en un tour de soleil. 

 

De jour, le contraste est saisissant. Le soleil s'installe, cognant comme un aoûtien et assurant au voyageur d'air libre une salvatrice assistance morale. Et bien, je dois avouer, cela fait plaisir ces vacances à l'intérieur des vacances. Ne pas avoir à lutter contre la pluie ou le vent apporte réjouissance et matière à enthousiasme. Sourire que semble aussi avoir retrouvé les locaux. Il n'est désormais pas rare de se faire encourager par un coup de klaxon amical (ou pas) ou de répondre à l'aimable salutation d'un badaud. Finalement le soleil est le meilleur remède contre la morosité. 

 

Après Skradin, j'ai ralenti le rythme pour la première fois depuis Vienne. Tout d'abord, un hôte Warmshower (que je n'ai même pas le loisir de rencontrer) a eu la bonté de me laisser un minimaliste appartement pendant 6 jours, à Kastela, tout proche de Split. C'est un petit village de pêcheurs où le tourisme ne semble pas encore avoir eu prise, avec son esprit de quartier et son historique patrimoine architecturale. J'ai adoré me laisser happer par le faux-rythme de la vie locale, sans penser à avancer, à contempler le soleil se coucher où observer les vagues se briser. Et puis j'ai fait ma première rencontre croate, Malo, qui m'a montré quelques coins sympas de Split et quelques tips pour essayer de mieux comprendre les autochtones. 

 

Un autre changement majeur dans mon voyage, je voyage désormais en groupe. Je ne l'ai pas cherché, mais l'opportunité s'est présentée avec des cyclocampeurs que j'ai apprécié dès le premier jour. Et qui aussi, point essentiel, ont un rythme analogue au mien : une cinquante-soixantaine de kilomètres par jour (ou moins). Voyager en solitaire comporte ses avantages, importants à mes yeux, qui m'ont d'ailleurs poussé à penser mon voyage comme un « one-man trip». Mais le groupe me révèle une autre facette de l'aventure, socialement enrichissante car la rencontre se déroule plus sur le long terme que celle d'un local que l'on devra laisser un moment ou un autre sur le bord de la route. Côté matériel, il y a un autre avantage non négligeable : on partage les frais de bouche et de logement, et l'on gagne ainsi en confort tout en faisant des économies. J'imagine que d'une manière ou d'une autre le voyage me préparait à cette éventualité, et que j'étais enfin mûr pour accepter de partager la route. 

 

Nous somme donc 7. Groupe qui a été composé en 2 étapes. J'ai d'abord rejoint le noyau initial composé de Mona (Suisse), Max (France) et Calvin (Nouvelle-Zélande). Et quelques jours plus tard, c'était Tim (Suisse), Antoine (France) et Lydia (Hollande) qui venaient grossir les rangs. Tous partis de France (à l'exception de Lydia), nous traçons dorénavant la route en convoi, et dieu seul sait lorsque nos chemins se sépareront. Une seule certitude comme objectif commun : rejoindre la Grèce dans l'espoir d'un hiver meilleur. 

 

Parcourir la côte croate se présente comme un émerveillement quotidien. Malgré les routes parfois inhospitalières à la pratique du vélo, nos yeux s'écarquillent sur ces beautés de la nature et ces petits bijoux architecturaux. Après Split, nous avons pris le ferry direction l'île de Korcula et son relief accidenté. Au menu routes de bord de falaise somptueuses, passages au beau milieu de vignobles généreux et ma première baignade dans la mer adriatique, par une douce matinée de début de mois de novembre. Je n'ai pas pu résister au plaisir de nager dans cet eau presque chaude, le soleil levant venant me chatouiller gentiment la peau. Enfin, cerise sur le gâteau, Dubrovnik la blanche élégante nous dévoile ses charmes et nous permet de conclure en beauté cette traversée de la Croatie, parfois éprouvante, parfois douloureuse, parfois déroutante, mais surtout sublime et majestueuse.

 

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Skradin J116 Croatie

Les décisions du cyclocampeur

Ecrit le 24-10-15 à Skradin (Croatie) – km 1420 (+2700 ancien compteur)

Le cheminement du cyclo-campeur se construit suite à une série de décisions qui le mèneront ici ou ailleurs. Le choix de la route étant vaste, il est parfois des choix qui deviennent cornéliens. L'idéal serait de passer par toutes les routes ... Mais voilà, voyager à vélo, ce n'est pas comme se balader en voiture, chaque option de parcours implique une fine évaluation du coût temporel et en efforts physiques. Un gros détour pour visiter un endroit fort recommandable est tout à fait possible donc, mais il faudra étudier au préalable les pours et les contres en un laps de temps relativement court. Finalement, l'épopée cycliste devient une métaphore de la vie : il faudra faire le « deuil » de certaines routes et savoir accepter avec plaisir et ouverture ce que nous offre la voie que l'on emprunte. Pour sauvegarder ce pouvoir d'émerveillement, non entaché d'amertume et de regret. Le vélo enseigne l'humilité. 
 
Et puis il y a les rencontres. Warmshower reste toujours le moyen privilégié de les provoquer. Malheureusement, il semble encore être peu développé dans les pays des Balkans. J'ai toute de même fait la sympathique rencontre de Bertie, joueur de poker anglais qui vient passer quelques semaines par an dans sa résidence secondaire sur les bords de la côte sud d'Istrie. Une vue magique, un lieu splendide, et une chouette soirée à parler de tout et de rien. Non loin de là, à Moscenice, une paisible petite bourgade perdue dans les collines, j'ai été superbement accueilli par la Famille Kumicic. Olivier est originaire du coin, mais a grandi en France. Et Loetitia est originaire de Bueil, village se situant à quelques kilomètres de chez moi en Normandie ! Nous avons été mis en relation par l'intermédiaire de nos parents respectifs. Une très belle rencontre, qui m'a donné une porte d'entrée sur la culture du pays …
 
… Qui cependant n'a pas encore porté ses fruits. J'ai beaucoup de mal à établir le contact avec les locaux. Si je devais utiliser un seul mot pour les caractériser (en toute subjectivité), j'emploierais l'adjectif « placide ». Là où auparavant ma monture provoquait la curiosité et me servait de brise-glace, les croates y restent au contraire assez indifférents. Ne pas être au centre de toutes les attentions peut comporter certains avantages, mais sûrement pas celui de tisser du lien. Parfois je me dis, un extra-terrestre pourrait traverser la Croatie sur une brouette, cela ne les émouvrait pas plus que ça. A moi de redoubler les efforts, donc. Je n'ai pas dit mon dernier mot. Et puis la route me tient fort bien compagnie, elle devient à défaut de mieux une rencontre en soi-même.
 
De toutes façons, je ne suis jamais seul. Après la pluie, c'est le vent qui est venu m'accompagner quelques jours dans mes pérégrinations. La Bora (prononcez « BBourra ») se manifeste par rafales allant du continent vers la mer, pouvant allégrement atteindre les 50 km/h (correction du 29 octobre : on m'annonce des vents jusqu'à 200 voire 270 km/h, heureusement je n'ai pas eu à tester cet extrême !). J'en suis resté tellement soufflé qu'une fois je me suis retrouvé à terre avant même d'avoir pu poser le pied sur la pédale. Après l'Istrie, j'ai fait le choix de la montagne et d'aller découvrir la vallée de la rivière Lika, une région qui a été au centre du conflit balkanique des années 90. La région porte encore de nombreux stigmates visuels de cette période, en témoigne les nombreuses maisons abandonnées criblées d'impacts de balle et les vastes parcelles de terrains pas encore déminées. Avec les bourrasques, il y régnait comme une ambiance de fin de monde …
 
En se rapprochant de la côte, je peux enfin profiter de températures plus estivales. J'ai été aujourd'hui pendant mon jour de repos aller visiter les chutes d'eau du parc naturel Krka (prononcez comme vous voulez) : cela a été ma merveille de la semaine. Et puis j’écris ses lignes depuis une reposante plage d'eau douce. Le repos du guerrier. Je n'ai pas encore rejoint la côte, je fais un peu durer un peu le plaisir en prolongeant ma visite dans l'arrière-pays.
 

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Rovinj J106 Croatie

La météo du cyclocampeur

Écrit à Rovinj (Croatie) le 14/10/15 - km 940 sur nouveau compteur (+2700 ancien compteur)

Traverser les petits villages d'Istrie se révèle être un épisode fort agréable. En empruntant la Panrenzana, ancienne voie ferrée reconvertie récemment en route cyclable, on commence à Trieste en Italie pour finir à Porec sur la côte adriatique croate, en passant par la Slovénie (Piran) et puis les bucoliques villages des collines d'Istrie (Buje, Grozjnan …). Si en Slovénie on a de la bonne piste asphaltée, en Croatie, c'est un chemin terreux et caillouteux que l'on doit sillonner. Un moment de plaisir tant que le soleil est de la partie, mais qui se transforme en cauchemar lorsque la pluie s'en mêle. Depuis Ljubljana j'ai réussi à rouler entre les gouttes, j'ai même eu des journées de bonheur presque estivales … Mais voilà, depuis deux jours, j'essuie averses sur averses et j'ai du quitté à regret la champêtre Panrenzana pour épargner la gadoue à mes mécaniques, et puis reléguer toutes mes priorités derrière celle de me trouver un toit au sec pour la nuit. Quitter ce chemin cabossé m'a de facto porté sur les plus grands axes, partagés avec certains chauffeurs qui ne semblent pas se soucier des limitations de vitesse. 

 

Car sur la côte istrienne, les petites routes de campagne n'existe pas vraiment. Si l'on veut s'écarter de l'axe principal, on doit forcément goûter de la terre. Comme j'ai hâte que cette pluie en finisse pour à nouveau pouvoir les emprunter ! Ce que m'a montré la Croatie pendant ces trois premiers jours, ce sont des bourgades d'une beauté exquise, malheureusement parasitées par le tourisme de masse. Les bannières publicitaires king size font partie intégrantes du paysage, pour inciter le chaland à dépenser son argent. Je suis heureux de pouvoir parcourir cette région en octobre, c'est à dire en hors-saison. Je ressens toutefois tout ce potentiel « business » par le nombre colossal d'offres de logements saisonniers et de paillotes fermées sur le bord de la route. En fait, c'est surtout dans les terres que j'ai trouvé de la tranquillité et de l'authenticité. 

 

Abandonner le projet de la Bosnie a été une petite déception. D'autant plus que j'ai du aussi laisser de côté la montagne slovène et le parc naturel du Triglav, le froid ayant fait une apparition soudaine. A une semaine près, j'aurai pu découvrir quelques joyaux naturels comme le lac de Bled et la rivière Soca. J'ai parfois l'impression de faire la course avec la météo. Toutefois, la Slovénie a été un coup de cœur de voyage, pour le sourire de ses habitants, pour la poésie de ces paysages. J'aimerai y revenir un jour, pour visiter ce que j'ai manqué, mais cette fois-ci au bon moment de l'année, et voire même  un peu plus léger. Ma déception a tout de même été apaisée par la découverte de ce monument troglodyte exceptionnel, le château de Prejdama, et puis la révélation Piran, merveille de la côte adriatique. Et comment rester de marbre devant Rovinj, le mont St-Michel d'Istrie.

 

Autre ville majeure à mettre à mon actif, Trieste. Et un nouveau pays, accessoirement : l'Italie. J'ai toujours adoré traverser les frontières, même si dans l'espace Shengen cela ne représente plus grand chose. On dénote toujours quelques menus changements qui attisent l'attention et la curiosité. Bizarrement, les abords de frontières sont visuellement souvent assez moches, mais les stimuli de la nouveauté me donnent toujours un sentiment d'exploration et d'initiation. En passant de la Slovénie à l'Italie, puis de l'Italie à la Slovénie, et enfin de la Slovénie à la Croatie, le tout en 3 jours, mes sens ont été en éveil constant.

 

Ce qui m'a le plus marqué lors de mon arrivée en Italie, c'est l'odeur du bon café qui flottait dans l'air. Un peu cliché peut-être. Parfois ce que l'on remarque, c'est ce que l'on s'attend à retrouver … Trieste, cité multiculturelle croato-sloveno-italienne, n'a pas été exactement le genre de ville bike-friendly à laquelle je pouvais m'attendre, après mon arrivée-épopée dans le centre depuis une piste cyclable de toute beauté . C'est une agglomération totalement hostile au vélo, qui n'a ici aucune piste dédiée, aucune place de parking, aucun lieu de subsistance. Je parierai même qu'il y a une réelle volonté de la part de la municipalité de le défavoriser. Du coup je me suis senti un peu seul sur ma monture lorsque j'ai décidé d'arpenter les rues. Une ville atypique, intéressante, mais un peu surannée. Tout le contraire de Ljubljana, ville dynamique qui a su donner la part belle aux deux roues à pédales. Bon, il y a peut-être une explication topographique à tout cela, les collines de l'italienne n'invitant pas forcément au plaisir de rouler à la force du mollet ...

 

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Soteska (juste avant Ljublajana)

Au revoir Autriche, bonjour Slovénie !

Écrit le 05 octobre 2015 à  Soteska (Slovénie) – km 578 nouveau compteur (+2700 ancien compteur)

J'ai mis environ 5 jours à me remettre dans le voyage.
Le déclic, cela a été mon premier hôte warmshower en Slovénie, Anton. Dans sa ferme à 10 km de Maribor, le bestiaire est varié, on y trouve en vrac des lamas, alpagas, baudets, chevaux, chèvres, cochons vietnamiens et chats de campagne. Tous semblent y vivre paisiblement, sous le protecteur amour de leur propriétaire. Moi aussi, j'ai choyé les animaux, tout comme je l'ai été. Partager le quotidien de ce passionné de vélo, moto et de son pays (entre autres), ce fut une bouffée d'air frais, nécessaire et salvatrice.

Anton et ses bêtes
Avant cela, j'ai passé 5 nuits en bivouac, depuis Vienne jusqu'à la frontière slovène. 5 campings sauvages de toute beauté, dans des endroits idylliques, en montagne, en forêt, en bord de rivière. J'ai été coupé du monde pendant tout ce temps, n'adressant la parole que lorsque c'était strictement nécessaire. 


Et puis en Slovénie, tout a changé. Les badauds sont curieux, entament volontiers la discussion et échangent volontiers leur sourire contre le mien.
Alors voilà, me voici enfin de retour sur la route !
Je retrouve peu à peu ma condition physique, même si c'est laborieux. D'autant plus que c'est fini le plat pépère de la route Eurovelo 6. Maintenant, place à la montagne, et à de nombreuses collines.
Il y a un avantage dans tout ça : les paysages sont magnifiques, beaucoup plus variés que ceux de la vallée. Il y a donc une motivation derrière chaque relief. A mon actif un petit pic à plus de 950 m pour se chauffer tranquillement, en Autriche. 


Ce qui change aussi, c'est la météo. Je suis entré à Vienne avec un grand soleil, tout juste en sortie de canicule, et 40 jours plus tard, c'est presque l'hiver qui sonne à la porte. Aussi, il n'y a plus de route vélo balisée. Ni de trace GPS pour mon logiciel de navigation. Je dois composer moi-même mon itinéraire au jour le jour, ce qui me donne une plus grande liberté, mais aussi me donne plus de travail, et la sensation de passer à côté du meilleur chemin parfois.
Petit avantage, cela me donne l'occasion de composer la route avec les locaux, et ainsi glaner de précieux renseignements. Autre changement important, l'heure de coucher du soleil. Je dois me mettre à la recherche d'un bivouac à 17h alors que fin aout je pouvais me permettre d'y penser à partir de 19h.
Autant d'heures en moins de pédalage, cela raccourci les journées.

J'ai aussi pris deux décisions majeures pour la suite de mon voyage. J'ai décidé de zapper Sarajevo. En tous cas, je ne m'y rendrai pas en vélo. La variante météo est trop imprévisible, je peux me taper de la neige, le grand froid, et je ne suis pas équipé pour. Je vais donc prendre la direction de la côte adriatique.C'est pas mal tout de même, non ?
J'avais hésité longuement lors de ma première ébauche d’itinéraire. L'une des raisons pour laquelle je ne l'avais pas choisi, c'était par crainte de m'y retrouver en pleine saison touristique. Maintenant, ce risque n'existe plus, et je pourrais profiter encore quelque temps de la douceur du climat méditerranéen en bonus.

Par contre, je n'ai pas renoncé à faire de la montagne. Mais ce sera celle de Slovénie. Anton m'a refilé quelques bons tuyaux et surtout l'envie de mieux connaître son pays. Il existe une rivière, dont l'eau est bleue comme la mer des caraïbes. Elle s'appelle la rivière Socca et prend sa source dans les Alpes slovènes. Cela me donnera aussi l'occasion de traverser le splendide parc naturel Triglav. Il y a un col à 1600 m, du gros dénivelé positif. C'est un challenge de taille. Je m'y frotterai sous réserve de bonne météo (je viens de regarder,les prévisions ne sont pas si bonnes, j'hésite à y aller).

Toutefois le ciel est avec moi pour le moment. Mis à part le catastrophique jour du départ où je me suis pris une averse bien bien velue, je n'ai pas été mouillé. Et même mieux : j'ai eu parfois du soleil, de la douceur et même souvent le vent dans le dos (rectification : il pleut des cordes depuis mon arrivée hier à Ljubljana) … Dans ces conditions, difficile de ne pas profiter de la route, pourvu que cela dure ! 

J'ai bien sûr souvent une pensée pour tous ceux qui m'ont bien aidé à acquérir ce nouveau vélo. Il est splendide, j'ai les mêmes sensations qu'avec le premier. Il y a eu quelques trucs mineur à ajuster comme l'alignement des roues, qui ont du prendre quelques coups pendant le transport, mais maintenant il est à point.
Me reste plus qu'à pédaler !

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Vienne et Bratislava

Un nouveau départ

Le nouveau départ, c'est pour aujourd'hui ! Le vélo est fin prêt, et je suis rechargé à bloc. Quel plaisir de pouvoir à nouveau chevaucher un super vélo. Comparé à celui que l'on m'avait prêté en attendant, même s'il m'a rendu de fiers services, j'ai l'impression d'être sur coussins d'air !
C'est une énorme satisfaction de pouvoir compter à nouveau sur du tel matériel, une chance incomparable qui m'est donnée à nouveau de pouvoir réaliser ce projet qui me tient tant à coeur.
 

J'ai passé plus d'un mois à Vienne (c'est passé à une telle vitesse !), avec quelques virées occasionnelles à Bratislava, dans un premier temps pour essayer de retrouver mon vélo, et ensuite pour aller rendre visite.
J'ai toujours apprécié aller saluer ma bienfaitrice Martina, qui m'a tant soutenu le jour du vol (et bien après). Elle m'a fait découvrir son pays et sa culture, notamment par le biais de l'excellente cuisine slovaque. En témoigne les quelques kilos que j'ai gaillardement repris.
Et que dire de mes hôtes warmshowers viennois, Birgit et Berni, qui sont devenus mes amis, eux aussi. Ils m'ont aidé à surmonter cette épreuve, m'ont réconforté, et maintenant cela me fait tout drôle de partir ! J'avais pris des habitudes apaisantes, j'ai aimé passer du temps avec eux, nous avons partagé des moments de camaraderie et d'affection.
C'est avec un petit pincement au coeur que je m'éloignerai de cette maison qui a été mon refuge, mon abri, mon oasis.

Et c'est aussi avec quelques craintes que je quitte Vienne. Je sais pertinemment qu'elles s'enloveront dès les premiers coups de pédales, mais elles sont là, et témoignent des défis à venir.
Penser aux étapes de montagne m'a toujours un peu angoissé pendant le voyage, appréhension qui s'est rafermie depuis que nous sommes dorénavant rentrés officiellement dans l'automne, et que les températures chutent allègrement.
Suis-je suffisamment équipé contre le froid ? Et serais-je capable de gravir les dénivelés ? Il y a aussi l'actualité, les réfugiés, et la crainte de me heurter à la fermeture de  certaines frontières, et de devoir encore retarder mon périple (de tout coeur, je leur souhaite de trouver une terre de bon accueil). Aussi, l'inquiétude de me faire de nouveau voler va trainer un certains temps dans ma tête, jusqu'à ce que je retrouve la confiance, sans tromper ma vigilance, je l'espère. J'avais aussi quelques questionnements intérieurs avant mon départ en août, et une fois sur la route je n'avais plus assez de temps pour y penser !
Dans l'action, on trouve toujours une solution, il n'y a pas de place pour le doute et l'égarement. C'est une question de survie.

Qui sait, je suis peut-être atteint du syndrôme typiquement viennois de deuil et mélancolie, cher à Sigmund Freud, le local de l'étape. Si je demande à un autochtone de caractériser sa ville, nombreux ceux qui évoqueront ce sentiment de nostalgie obscure et majestueux, que l'on pourrait peut-être comparer au fado portugais ou à une version autrichienne du spleen parisien.
Alors, finalement, je me suis peut-être bien imprégné du lieu ... Même si la caractérisation précise de ce concept m'échappe bien encore.
 

Ce qui m'attend, c'est tout le contraire : vivre le moment présent ! Il y aura de la joie, de la bonne humeur, et surement même de la sueur. Il y aura peut-être quelques jours de flottement, mais une chose est sûre : c'est reparti pour un tour !
Merci encore à tous pour votre soutien.

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Vienne et Bratislava

La solidarité

La déception et le choc post-vol appartiennent dorénavant au passé, je tire (presque) définitivement un trait sur mon ancien vélo.
Je veux tourner la page et me concentrer sur la suite.
Je continue cependant mes recherches et les démarches administratives, on ne sait jamais, sur un coup de chance, un malentendu, quelqu'un peut tomber dessus, et je voudrais qu'on fasse le lien avec moi si un jour il venait à revenir à la surface. 

Je me partage actuellement entre Bratislava, où j'ai trouvé un hostel sympa, et Vienne, où mes hôtes warmshower ont la bonté de m'offrir le gîte.
A Vienne j'ai ma base logistique, où j'organise la venue et la future préparation de mon nouveau vélo, à Bratislava je garde contact avec les personnes qui m'aident à rechercher le vélo. J'y rencontre aussi des nouvelles personnes, découvre un peu la culture slovaque par la cuisine et la langue … J'ai décidé de profiter de mon séjour forcé ici, pour m'imprégner du lieu et des gens.
Après tout, je ne vais pas me morfondre éternellement dans l'attente de mon prochain coup de pédale !

Le lundi 24 août, à Bratislava, je me suis fait volé ma bicyclette, dans l'après-midi, alors que je me restaurais paisiblement.
J'avais laissé le vélo dans l'entrée du restaurant, si bien que pour une raison inconnue, la fatigue, trop de confiance, je n'avais pas contrôlé si l'antivol était correctement attaché. Un scélérat qui passait dans le coin s'est chargé de le faire à ma place, et est reparti avec le vélo sous le bras.
Pas de chance, moi qui d'habitude fait attention à ce genre de détail, il a fallu une seule erreur de déconcentration pour essuyer ce cauchemardesque larcin.
A vrai dire, c'était le pire scénario envisagé avant mon départ.
J'ai mis un certain temps à réaliser, et puis ensuite mon monde s'est écroulé, tous les projets établis depuis plusieurs mois, les rêves d'aventure, de rencontres, de découverte, je me voyais rentrer à la maison en n'ayant une fois de plus pas pu aller au bout.
Dans ce malheur, une petite compensation : j'avais laissé mes bagages à Vienne ...

Et puis, les jours suivants, l'espoir de nouveau permis. Grâce à tous les messages de soutien, déjà. Pas une personne ne m'a encouragé à rentrer !
Ce n'était qu'incitation à continuer, à me montrer plus fort que le chapardeur …
Cela m'a projeté de nouveau dans le voyage. Et puis, il y a eu cette collecte, la matérialisation de tous ces messages de soutien, et je dois dire, c'est une aide fantastique !
Je suis profondément touché par cet élan de générosité, aussi inattendu que précieux, par vos gentils mots, qui m'aident sacrément bien à me remettre en selle !
Je me sentais jusqu'à présent comme un voyageur solitaire alors qu'en fait je pédalais avec vous tous. Je suis très fier de pouvoir compter sur vous, amis et famille, et la suite de mon voyage aura dorénavant une saveur particulière, celle du bonheur partagé. 

Je vais donc pouvoir investir dans du matériel de qualité, ce qui me permettra de ne pas changer l'itinéraire prévu et d'affronter quelques arpents de montagne des Balkans.
Je suis en ce moment en pourparlers avec la boutique Rando-cycle à Paris pour me faire envoyer ma nouvelle monture depuis la France. Normalement, il devrait arriver vers la fin de la semaine prochaine. Avec quelques jours de montage supplémentaires à prévoir, je repartirai d'ici le lundi 14 septembre sur un destrier flambant neuf et capable d'avaler de nombreux kilomètres sans sourciller.
Vienne compte aussi de nombreux magasins de vélo où je pourrais acheter quelques accessoires indispensables.
Je veux aussi me renforcer au niveau sécurité. Quoi de plus normal ?
Je me promets aussi intérieurement de ne jamais plus connaître d'excès de confiance si je dois m'éloigner de mon vélo. 

Au final, quelle histoire, que d'émotions ! Si je dois tirer un petit bilan de cette mésaventure, j'en sortirais plus de positif que de négatif, vraiment.
Je n'en veux pas à mon voleur, et je ne m'en veux plus. Le voyage est ainsi fait de haut et de bas, et je souhaite que cet épisode soit le dernier du genre.
Et puis, en revenant d'aussi loin, chaque nouvelle douceur goûtée lors de mes prochaines balades sera savourée à sa juste valeur, j'en suis convaincu. Maintenant, je me concentre sur la découverte de ces deux villes antagonistes que sont Vienne et Bratislava.

A bientôt !

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Vienne et Bratislava

Vélo volé à Bratislava

Si il y avait bien un ennemi du cyclocampeur que je n'avais pas envie de mentionner, c'est bien le voleur. Et bien il est arrivé, lundi après-midi, à Bratislava, alors que j'avais naïvement mal fixé mon U au cadre de mon vélo (alors que je suis habituellement proche de la paranoïa concernant la sécurité).
Une mauvaise âme a saisi l'opportunité trop belle de repartir avec ma monture après cette erreur de concentration fatale de ma part.

Je suis encore sous le choc et j'ai encore du mal à réaliser que c'est fini pour ce vélo. Celui-là même que j'avais préparé avec minutie et passion les mois précédant le départ. Pour le moment, je dois encore encaisser le coup, mais je ne pense pas m'en arrêter là.
Il y a peut-être un espoir car la police slovaque semble très concernée par ce vol, c'est une bonne chose.
J'aimerai continuer le voyage et me racheter un vélo pourquoi pas, peut-être moins bien, et changer d'itinéraire si besoin, car clairement il me fallait ce super vélo pour attaquer la montagne des Balkans, avec mon problème au pied. 

Je suis pour le moment à Vienne, chez mes hôtes warmshower. Je dois dire que pour traverser cette épreuve, les soutiens sont essentiels et je n'en manque pas. Tout d'abord, Birgit et Bernie mes hébergeurs compréhensifs ne me mettent aucune pression et me remontent le moral.
Aussi, tout le soutien que j'ai eu à Bratislava, les employés du restaurant où le vélo a été volé.
Mais surtout de la patronne, Martina, qui n'a pas hésité à prendre un après-midi entier pour me consoler, aller faire un tour dans Bratislava avec moi à la recherche du vélo perdu, aller au poste de police pour faire la traductrice et enfin me ramener à la gare. Un nouvel ange-gardien, sans elle je serai encore à Bratislava à effectuer les démarches.
Et puis que dire, tous les encouragements que je reçois par email, facebook et sms ... Si pour le moment je suis encore abasourdi, cela m'aide à remonter la pente et clairement me redonne de la force pour surmonter ce nouvel obstacle.
Et ma famille, bien sûr. Une amie a même initié une collecte sur le web ... Je suis vraiment touché par cette démarche, de ressentir tous ces encouragements à continuer mon voyage (voici le lien vers cette collecte). 

Un gros coup dur, à surmonter, je vous tiens au courant de la suite. Voici quelques photos du voleur.

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Krems on der Donau J47 km2462 Autriche

Les ennemis du cyclocampeur

Écrit à Krems on der Donau (Autriche) le 17/08/2015 - km 2462

Voilà 1 mois et demi que je suis parti, avec aujourd'hui plus de 2400 km au compteur, et à peine à plus d'une centaine de kilomètres de mon premier grand objectif intermédiaire, Vienne.
Les premières semaines de mon voyage, la Vallée de l'Eure, la Beauce, le Bec de l'Allier, les magnifiques bords de la Loire me reviennent déjà comme de lointains souvenirs heureux … Les suivants se distilleront lentement au fil des kilomètres, pour enfin faire parti de mon livre intérieur. Ils me serviront de fioul à méninges, de lubrifiant pour le cœur. Et l'expérience engrangée, à être plus toujours plus efficace et sage face aux impondérables de la route.
 
Walaha
A ce titre, le cheminement du cyclocampeur n'est pas uniquement amour et volupté, il doit régulièrement faire face à certains fantômes.
Les ennemis du voyageur à vélo se montrent parfois pressants, toujours en filigrane, et il advient à l'aventurier de les tenir éloignés ou d'en faire ses compagnons.

Son premier grand ennemi, qui peut-être aussi son meilleur ami, c'est la météo

Ensuite vient la routine. Si sur des vacances d'une quinzaine de jours elle peut servir de rythme, elle devient dangereuse sur le long cours. Elle endort les sens, rend irritable et prévisible, tue l'improvisation. Cela n'exclue pas avoir quelques petits rites qui peuvent servir de repères, rassurants et réconfortants.
Pour la combattre, quels trucs : ne pas se lever et se coucher à la même heure chaque jour, varier les types de « logements » (camping, bivouac, chez l'habitant, en ville, à la campagne …), improviser des visites, ne pas avoir d'objectif kilométrique journalier régulier, rester ouvert aux propositions inopinées … 

Les pannes mécaniques. A part une crevaison et quelques petits réglages à effectuer, elles m'ont épargnées jusqu'à là. Le truc, avoir les outils adéquats et effectuer un entretien régulier. Il ne s'agit pas de devenir obsédé par le moindre bruit mécanique inhabituel, mais plutôt de ne pas laisser traîner trop longtemps un petit dysfonctionnement. Avoir du bon matériel, ça aide aussi.

Les pannes corporelles. Au même titre que les précédentes, un entretien régulier est recommandé. Étirements journaliers, sommeil réparateur, alimentation saine et équilibrée (je fais ce que je peux sur ce point) sont vivement recommandés.
Je veille particulièrement à la santé de mon pied droit, mon tendon d'Achille (littéralement). A partir du 17eme jour j'ai commencé à avoir des douleurs qui ne me quittent plus depuis mais qui ne m'empêche pas de rouler. C'est le principal. Je gère ça sereinement.
Finalement, ce soucis « technique » chronique, c'est le régulateur de mon voyage, je l'accepte comme tel.

Viennent ensuite la monotonie, l'ennui, le manque de curiosité, l'indifférence …  Pour combattre l'ennui en roulant, j'ai trouvé une parade : écouter de la musique. C'est le reboost assuré.
Je partagerai d'ailleurs avec vous une petite playlist en fin de texte.
En Bavière, j'ai été confronté à ce sentiment. Si les agglomérations avaient en général beaucoup de charme, avec des couleurs chatoyantes et des rues accueillantes, il y manquait peut-être cette diversité d'architecture et de paysages qui donnent une dimension supplémentaire au périple.

J'ai adoré Regensburg (Ratisbonne en français). Ancienne cité romaine, ses habitants la présente comme la ville la plus au Nord de l'Italie. Il y règne une ambiance détendue, une atmosphère de dolce vita, comme en témoigne cette placette dans le centre ou les gens viennent entre amis y tremper leur pied en buvant une bière bien fraîche.
C'était aussi la ville de Jorge, l'un de mes deux warmshowers bavarois. Un chic type, tout comme Felix de Ingolstadt, qui lui partait pour un voyage à vélo de 6 semaines qui le mènera jusqu'au Maroc (dans un mode un peu plus sportif, donc). Il s'est engagé pour la cause des migrants, nombreux dans sa ville, et il espère récolter des fonds. J'ai aussi rencontré Matthieu le polonais (dont j'ai francisé le prénom) qui lui a plus de 116.000 km de pédalage européen à son actif (et un vélo avec des clochettes de vaches indiennes) !
Les autres grandes villes où je me suis arrêté : Linz et Passau : cette dernière est vraiment splendide, juste à la frontière entre l'Allemagne et l'Autriche.
 
Regensburg
Il y a eu aussi cette fête traditionnelle Bavaroise à Straubing, la seconde plus importante de la Bavière. Le principe, une grosse fête foraine à la manière de la fête des Loges (pour les enfants), et de nombreux endroits pour boire de la bière (pour les adultes). Avec des concerts, de la bouffe. L'ambiance est sympa et cordiale, l'endroit estidéal pour se lier avec les locaux, détendus, dans leur fief.
Tous arborent le costume traditionnel bavarois : décolletés plongeants de rigueur pour les filles et virils pantalons à bretelles en cuir pour les garçons, avec une chemise à petits carreaux blanc sur couleur qui se rapproche beaucoup de mon propre style vestimentaire (je suis d'ailleurs presque passé inaperçu).
 
Festival de Straubing
L'Autriche, c'est autre chose niveau paysage. C'est une nature grandiose, des plages de sable fin au bord du Danube, une région viticole qui a su garder son caractère médiéval … Une bouffée d'air frais qui me redonne l'envie de lever le nez.
Je suis enfin très pressé de commencer la seconde partie de mon voyage, après Vienne, celle qui me mènera jusqu'à mon second objectif intermédiaire : Sarajevo. Jusqu'à maintenant, les pays que j'ai traversé, c'était une redécouverte, mais à partir de la Slovénie, tout sera nouveau pour moi, et l'excitation est à son comble !
 
Après Passau, en Autriche

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Neuburg on der Donau J36 km1784 Allemagne

La bonté en voyage

Ecrit le 05-08-15 à Neuburg on der Donau, km 1784

Emprunter un chemin coupant un champ de maïs, humer l'odeur du blé fraîchement coupé, le vent dans le dos, se faisant chatouiller le nez par les premiers rayons du soleil … Cela ressemblerait à ça, le sentiment de plénitude ? A l'inverse pour moi, lors de ces petits moments de grâce, j'ai plutôt la sensation d'avoir l'esprit que se vide, petit à petit, pour me concentrer finalement sur ces agréables stimuli de la nature.
Alors c'est peut-être ça, le secret, il faudrait accepter et expérimenter la vacuité complète avant de pouvoir se remplir à nouveau … 
 

Après le lac de Constance j'ai découvert une des plus jolies régions qui soit, située entre là où termine la forêt noire et là où le Danube prend sa source (autour de Tuttlingen).
Une jolie nature, préservée, peu visitée, car c'est aussi très vallonnée, c'est en effet la partie la plus haute la route vélo 6, qui va de Nantes à la Mer Noire (point culminant à 862m). 
 

862 m !

La traversée a été aussi pour moi l'occasion d'une belle aventure. Je cherchais un bivouac au plein milieu de la foret, dans une partie habitée qui me semblait être un restaurant ou hôtel, cherchant à obtenir l'aval du responsable des lieux pour y planter ma tente sans problème.
Finalement, je tombe sur Stephan, le chef cuisto et boss du resto, qui me déniche un super spot et m'invite à l'apéro et au petit-dej (royaux). Il me présente aussi à une famille de français cyclo-campeurs (2 parents 2 fils 1 fille) faisant la route jusqu'à Bethléem : je voyagerai avec eux les 3 jours suivants. Stephan, notre ange gardien du jour, a été de cette bonté que l'on espère rencontrer en voyage.
 

Stephan

Voyager en famille, donc. C'est de l'organisation, du rangement, des horaires, mais aussi et surtout  de la bonne humeur ! J'ai apprécié partager leur quotidien, leurs habitudes, leur manière de voyager sur ces quelques jours. On s'est mutuellement encouragé dans les montées, attendu après les grosses descentes …
C'est sûr, c'est complètement différent que le voyage en solo. Les enfants étaient adorables, de ceux qui préfèrent le bivouac à la dur plutôt que le camping surpeuplé d'enfants de leur âge. 
 

La famille Berchon
S'en est suivi une période plus sèche au niveau des rencontres, une fois rentré en Bavière. C'est en partie du à mon choix de faire du camping en milieu sauvage. Aussi du à cette barrière de la langue. Elle me ferme de nombreuses portes. Et puis aussi, je ne m'y attendais pas, à l’accueil un peu froid d'une partie des bavarois.
Cependant, il ne faut pas que j'oublie : c'est toujours à moi de faire le premier pas. Ce n'est pas parce que il m'est arrivé un tas de trucs sympas jusqu'à présent qu'il faut que j'arrête de faire des efforts. La teneur de la suite de mon voyage ne sera que le résultat de mon implication quotidienne dans les relations humaines.
J'apprécie toutefois cette période plus solitaire, c'est finalement plus conforme à l'idée initiale que je me faisais de mon périple.

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Radolfzell J28 km1379 Allemagne

Ma vie est un road-movie

Écrit le 28 juillet 2015 à Radolfzell (Allemagne) – km 1379

*** 1er bilan intermédiaire ***

Crevaison : 1
Nb de nuits en bivouac : 6 
Nb de nuits Warmshower : 14
Nb de nuits en camping : 5
Nb de nuits invité chez l'habitant : 2 
Nb de bouquins lus : le premier est en cours (même pas le temps de lire ma pauv' dame)
Nb de piqûres d'insectes : je ne compte même plus
Nb de belles rencontres : je ne compte plus non plus, mais c'est nettement préférable aux piqûres de moustiques.


J'ai toujours affectionné le style du road-movie américain, Thelma et Louise, Paris-Texas, etc ... Il y a dans ces films une expression du désir d'avancer, sans se retourner, vers une aventure certaine et ses rebondissements rocambolesques. L'anti-application totale de l'expression "On sait ce que l'on perd, mais on ne sait pas ce que l'on gagne".

Et bien, ce que je vis, en ce moment, est très proche de ce que l'on peut trouver dans ces histoires filmées de voyageurs sur roues : chaque lever de soleil est pour moi l'occasion de vivre une nouvelle aventure, avec ses incertitudes, son lot de rencontres improbables, de micro-décisions à prendre qui affecteront la suite des événements.

En cela, j'essaye de rester le plus ouvert possible, de suivre mon instinct, pour rester à la disposition de mon voyage. Je maximise mes chances de vivre l'inattendu. Et je mesure maintenant l'importance de mon choix de voyager sans contrainte de temps ni d'objectif kilométrique journalier. Je fonce ou temporise, peu importe, je vis l'instant présent.
 
La Véloroute

Depuis mon dernier article, j'ai considérablement réduit le rythme. Mon corps me le réclamait. J'ai diminué la distance journalière à parcourir, et multiplié les journées de "repos" chez mes hôtes du moment.

L'Est de la France et la frontière suisso-allemande sont nettement plus urbanisés que les bords de la Loire, et il est plus aisé de trouver des « Warmshowers » qui acceptent de m'héberger pour une ou deux nuits. Je partage leurs actualités : à Mulhouse, j'ai participé avec Dominique le cyclactiviste à une "Vélorution" (que j'ai même filmée pour le compte de son association) et connu le groupe Alternatiba, qui promotionne la transition énergétique sur leurs tandems à 4 places.

A Bâle, j'ai pu aller nager dans le Rhin avec mon "sac-poisson", grâce aux explications de Nathalie et Bertrand le jeune maraîcher. Laurent et Katia de Montbéliard m'ont enchanté de leur bonne humeur, et prouvé qu'une famille à vélo, c'est tout à fait possible (et même recommandé).

En Suisse à Eiken, j'ai aussi découvert le monde de la talentueuse artiste-peintre suisso-canadienne Chantelle, une superbe rencontre (lien vers son site web). Enfin, sur les bords du lac de Constance à Radolfzell, j'ai croisé le chemin de la généreuse Sidy, brésilienne expatriée depuis 20 ans en Allemagne. Je fais donc moins de kilomètres mais beaucoup plus de rencontres ! Cependant, j'ai des fourmis dans les jambes, et je pense bientôt reprendre un rythme bien plus soutenu.

Le Danube est proche, la Bavière m'attend. Et tout le reste, aussi.
 
Chantelle de Eiken

Au niveau des paysages, je suis passé par de l'un peu plus urbanisé, entrecoupé de passages nature très appréciables. La vallée du Rhin, sur la frontière franco-suisse, est un exemple concret de bonne planification et répartition entre l'industriel, l'urbain et la protection de la faune et flore locale.

Mais le must, ce sont les petits villages fluviaux restaurés de l'époque médiévale, que c'est bôôôôô. On traverse des ponts de bois, des entrées fortifiées, admire des balcons et statues d'époque. Un charme indéniable :)
 
Lac de Constance

Pour revenir une dernière fois sur mon passage français, cela m'a donc permis de mesurer la beauté et la diversité des paysages, mais aussi de l'importance pour l'échange verbal d'un mode d'expression commun.

Je le mesure depuis mon passage en Suisse, la barrière de la langue ne me permet pas de comprendre ce que me disent spontanément les gens dans la rue. Parfois, même, je ne comprends pas d'emblée si c'est plutôt négatif ou positif. L'allemand redéfinit les nuances de la langue, je vais devoir m'y adapter.
Et désoxyder mon poussiéreux anglais avec cette bonne vieille "french touch" nouvellement saupoudré de globish indien passe-partout.

Il y a toutefois quelques menues situations tendues, en raison de l'amour de certains suisses pour les règles implicites : c'est la première fois pendant mon voyage que mon vélo a semblé déranger quelques uns, qui ne sont pas privées de me le faire savoir, avec (ou sans) sourire. J'imagine que cela sera de plus en plus le cas, car je vais emprunter sur les bords du Danube une partie de la véloroute très fréquentée par les cyclotouristes en été. Et qui dit tourisme abondant dit local pas forcément baisant.

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L'Isle sur le Doubs J16 km967 Doubs

Le cyclocampeur

- Le 16 juillet au camping de L'Isle sur Doubs, au kilomètre 967 -

Je profite de mon premier jour de repos, aujourd'hui 16 juillet, pour éviter la première journée de cette nouvelle vague de canicule, et pour récupérer un peu de la fatigue accumulée des presque 1000 kilomètres avalés en un peu plus de deux semaines. 

J'ai vu des paysages spectaculaires (le Bec d'Allier, la Bourgogne et tout dernièrement le Doubs, aux portes de la Suisse), rencontré mon lot de personnes formidables. J'ai aussi découvert des villes charmantes, qui m'ont donné l'envie d'y retourner un jour comme Dôle ou Besançon, pour des raisons différentes.
La « véloroute » est relativement plate. L'itinéraire suit principalement les canaux des fleuves et rivières (de Nantes à la Mer Noire), sur un faux plat presque indétectable, mais donne aussi au cycliste quelques belles montées bien corsées (itinéraire bis) : c'est l'occasion de connaître l'arrière-pays, de briser la monotonie du canal, de scruter les plus belles vues et de traverser les villages.
Le plus intéressant, donc, mais aussi le plus épuisant.

La campagne bourguignonne
L'exaltation initiale se mue en rêverie.
Le cyclocampeur est un observateur éclair de la vie. Mes actualités d'hier, celles d'avant mon voyage, sont remplacées peu à peu par mes préoccupations du jour : où vais-je dormir ? Que vais-je manger ? Quel sera le lieu idoine pour s'arrêter ? Les pensées sont vagabondes, la concentration constante.
Je suis rêveur et déterminé.

Basilique de Paray le Monial
Je pense aussi ralentir mon rythme. Qui veut aller loin ménage sa monture. Et puis, au sortir de mon pays, je souhaite m'imprégner de celui que je traverse.
Pour cela, pas de secret, il faut temporiser. Ce n'est pas que j'ai spécialement envie de quitter la France, mais je crois que partir dans les starting blocks a été ma façon d'évacuer l'excitation du départ. Donc l'avenir passera par moins de kilomètres journaliers (de 70-80 à 50-60 par exemple) ou alors plus de journées de repos.

La charolaise
Je dois toutefois avouer que cette traversée de la France est une grande découverte. Tous les 100-150 bornes, l'architecture et les paysages changent. On peut aussi dégager des traits dominants du caractère des gens par région. Avec tout le biais qu'implique l'observation à vélo.
La France est un pays riche de son patrimoine, de sa culture, par sûr que je trouve autant de diversité ailleurs. C'est une parfaite mise en bouche pour la suite, et un excellent entraînement au pédalage sans perte de repères. Pour le dépaysement, j'attends avec impatience la traversée des Balkans.
Autant que je la redoute : les montagnes qui se dresseront sur mon passage, c'est un sacré challenge. Insurmontable ? Je ferai en fonction de mon état de forme du moment … Let's see !

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Beffes J7 km395 Cher

La dette grecque

Jour 7 à Beffes (18) – km 395 (en réalité je suis arrivé à Bourbon-Lancy et au jour 10 -un peu plus de 500 km - mais il y aura toujours un petit décalage entre le moment ou j'écris l'article et le publie, le temps de trouver une bonne connexion wifi)

La dette grecque : c'est le premier sujet qui vient à la bouche de mes interlocuteurs de passage lorsque j'évoque la destination finale de mon voyage. Alors, forcément, ça politise un peu le parcours, et je pense me faire une idée bien précise sur la question d'ici Athènes ...
Quelque part, cela donne un fil conducteur à mon voyage, et je peux remercier indirectement Goldman & Sachs et JP Morgan de m'avoir donné ce sujet de conversation brise-glace. 
 
Le prologue de ce road trip tient toutes ses promesses, et s'avère même bien plus passionnant et intense que je ne l'avais imaginé depuis mon antre normande.  Il ne m'arrive que de belles choses : chaque jour je fais des rencontres improbables, je déniche des endroits idylliques pour établir mes bivouacs, mes hôtes Warmshower (sorte de couchsurfing pour les cyclistes) sont des gens charmants et enrichissants.
Bref, que du bon, mis à part la chaleur infernale qui m'oblige à modérer mes ardeurs. Je suis exalté, chaque micro-évenement me donne l'occasion de m'extasier. C'est peut-être un état de grâce propre au voyageur solitaire. 
 
La Beauce
Les paysages sont variés, la Vallée de l'Eure fut une bonne mise en bouche, la traversée des interminables plaines de la Beauce sous le cagnard une épreuve. Me retrouver au bord de la Loire, c'est le début de l'aventure. Ce fleuve sauvage est bordé de petites villes médiévales (Gien, La Chapelle-Montlinard), d'îles repères à oiseaux, de villages pittoresques (Ousseau ...) et de gens qui prennent le temps, au rythme de l'eau.
 
Gien
Les moments-forts (non exhaustif) :
- Mon premier arrêt au troquet « l-dos-à-dos » de Fermaincourt, cela a donné le ton du voyage
- Mon premier bivouac au petit Chérisy, au bord de l'Eure, suivi de l'invitation de Jean-Luc artistre-peintre
- La visite de Gien en pleine fête médiévale
- Mon second bivouac au bord de la Loire, éclairé par Nicolas le Berger
- Mon dernier bivouac sur les coteaux du vignole de Sancerre (la classe)
- Avoir participer à une ouverture sur l'écluse de Pezeau (merci Rodolphe l'éclusier)
- Mes deux nuits chez mes warmshowers : Lena, grande aventurière qui m'inspirera pour le reste de mon voyage puis Muriel et Greg, cyclocampeurs en famille enthousiastes et communicatifs.
- Me faire pote avec Alfred le corbeau à la ferme des Barreaux

Je n'ai rien préparé de concret niveau itinéraire, et c'est justement ce qui me permet de vivre des moments pareils, sans arrière-pensée, sans être pressé.
Et je peux peut-être prétendre à la fin, atteindre ce que je recherchais, en entreprenant ce voyage : expérimenter la pure liberté.

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J -7

Et ça repart !

Et c'est maintenant que je reprends le voyage où je l'avais laissé en juin dernier. Pas d'un point de vue géographique, car je ne repars pas depuis l'Inde, mais plutôt moralement. Je m'étais donné une année pour me reconstruire une nouvelle manière de barouder : le contrat sera rempli mercredi prochain, le 1er juillet, lorsque j’enfourcherai ma monture à deux roues non motorisée, pour un périple qui me mènera jusqu'à la Grèce.
Je table sur 4 ou 5 mois. Je m’apprête à affronter les grandes chaleurs de juillet et août en longeant la Loire, à recherche du Danube jusqu'à Vienne. Et puis aux portes de l'automne, je traverserai les Balkans et m'en irai jusqu'en Grèce, si toutefois elle n'a pas explosé en cours de route devant les exigences de Bruxelles (je ne me mouille pas en affirmant toutefois qu'Athènes ne bougera pas sauf en cas d'éléphantesque tremblement de terre).

Voici l'ébauche de mon itinéraire :


Vous connaissez les routes Eurovélo (EV) ? C'est un réseau de pistes cyclables trans-européennes. J'avais emprunté une partie de la numéro 3 lors de ma précédente vadrouille vers Amsterdam, jusqu'à Namur.
Pour cette nouvelle étape, je vais continuer à utiliser ce réseau bien pratique : c'est plutôt rassurant pour un premier voyage au long cours à vélo d'avoir un parcours plus ou moins balisé, du moins au début. 

Depuis Orléans, ce sera donc l'EV6 jusqu'à Vienne. En passant par Bâle, puis la Bavière. De Vienne à Ljubljana, je sillonnerai  l'EV9. Enfin, à partir de Dubroznik et jusqu'à à Athènes, je longerai la côte adriatique par l'EV8. Finalement, il n'y a que la partie entre Ljubljana et Dubrovnik qui sera en freestyle. Avec comme objectif intermédiaire la capitale bosniaque que j'ai très envie de visiter, Sarajevo. Je pense que c'est bon mélange entre ville, montagne, mer et campagne.
En élaborant cet itinéraire, j'avais en tête la diversité des paysages.

Euroveloroute, c'est surtout un projet en cours de réalisation. Si certaines portions de parcours sont bien balisées, d'autres ne le sont pas du tout. Les pistes cyclables ne représentent pas la totalité du réseau - loin de là - , mais même si l'on doit partager le macadam avec des véhicules à moteur, cela devrait se faire sur de petits axes peu fréquentés (en tous cas je l'espère) …
L'état d'avancement du projet est assez disparate selon les pays et les moyens mis en œuvre. Mais le fil conducteur est un heureux vestige de ce que l'Europe aurait du être avant de devenir ce piètre levier économique et rouleau-compresseur politique : un espace où l'on circule librement, un projet philanthrope fruit d'une coopération entre différents états dans le but de rapprocher ses habitants et leur culture, de rendre les frontières intangibles.
Un peu à l'instar du programme Erasmus, qui a rapproché les européens bien plus que n'importe quel accord de libre-marché. Il faut souligner les belles initiatives du vieux continent, et c'est dans cet esprit que j'ai décidé d'aller visiter les cousins continentaux.

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De ma Normandie à Amsterdam

1 mois de voyage sur mon vélo

Publié le 30 Sep 2014
Catégorie France

Ce sera finalement plus qu'une étape supplémentaire, ce retour en France. Je dois réinventer mon voyage, m'adapter, prendre en compte ce nouveau paramètre de santé, et m'armer de patience.

Il y a des rencontres qui marquent une vie, même si sur le moment on ne se rend pas compte. Yves en fait inconstestablement parti. Quarantenaire barbu et cycliste, je l'ai rencontré à Lisbonne pendant l'été 2012, à l'auberge Alfama, alors qu'il entreprenait un audacieux voyage à vélo de Lyon à Capetown, en Afrique du Sud. Curieux mais dubitatif quant à son mode de transport, j'avais toutefois pris beaucoup de plaisir à découvrir et partager son enthousiasme pour la découverte, sa passion pour la liberté.

 

2 ans plus tard, en Inde, lorsque me déplacer à pied devenait un problème, j'optais pour des solutions de déplacement alternatives : la moto et le vélo. J'affectionnais particulièrement ce dernier pour son côté pratique, économique et la possibilité qu'il me donnait de rester en contact avec mon environnement direct. A Rishikesh, où je m'étais posé 2 mois, j'en avais loué un, ce qui avait grandement facilité mes allées et venues entre les différentes parties du village. Depuis, l'idée a fait son chemin … Finalement, pourquoi pas moi ? Pourquoi ne pas organiser un grand voyage autour ce mode de transport?
 
J'ai donc récupéré un vélo qui traînait dans mon garage (un très honnête VTC Gitane), lui ai ajouté un porte-bagage, des nouveaux pneus, une nouvelle selle, des extensions de guidon, quelques sacoches bon marché, et j'étais fin prêt à me lancer pour un test grandeur nature, un périple vélocipédique de longue haleine. Et quoi de mieux pour un premier voyage à deux roues que d'aller faire un tour du côté de la Hollande, le pays de la bicyclette ?

C'est ainsi que s'est dessinée la route de ce Normandie-Amsterdam … Ce mois d'août a été consacré à la traversée du nord de la France, de la Belgique en longeant la Sambre, et de la Hollande en longeant la Meuse. Jusqu'à Amsterdam. Au total plus de 1100 km. J'ai pu expérimenter le couchsurfing, pratiquer le camping et le bivouac. Ce fut un grand moment de liberté et de rencontres, malgré les intempéries et les petites galères mécaniques. Le vélo : c'est banco ! Et une sérieuse option à creuser pour mes voyages futurs.

Mes meilleurs souvenirs de pédalage ? Le Vexin français, l'Avesnois, la frontière belgo-hollandaise et sa vallée de la Meuse, les dunes de Zandvoort de la mer du Nord et les petits villages de pêcheurs au bord du lac Markermeer. Ce qui m'a le plus marqué : la traversée des usines carolos juste avant l'arrivée dans le centre-ville de Charleroi : j'ai eu carrément l'impression de pédaler dans un décor de vieux film d'anticipation ! 
 
Cependant, ce mode de transport implique certaines contraintes. Tout d'abord, il m'a laissé une petite impression de passer à côté de certaines choses. Lorsqu'on a un objectif en tête (kilométrique par exemple), s'arrêter devient un dilemne. Je suis passé plusieurs fois à côté de chouettes endroits, mais dont la visite m'aurait fait rater un rendez-vous avec mon hôte du soir. Dans cette même logique, interrompre son effort pour effectuer une pause-photo se révèle parfois compliqué. Du coup, la manière de penser la photographie change complètement, on approfondit moins son sujet. Cela devient plus superficiel, on apprécie la surface des choses, sans avoir le désir ou la possibilité de réellement connaître l'envers du décor. Mais bon, j'imagine qu'il doit exister un moyen d'adapter ma manière de shooter au voyage à vélo, en redoublant d'effort et de travail ...


Résumons ...

 

Pour :


- sentiment de liberté
- contact avec la nature et l'environnement
- économique et écologique
- effort physique plaisant 
- compatible avec mon problème au pied
- capital sympathie des autres voyageurs envers les cyclo-randonneurs, rencontres

 

Contre :


- Contrainte horaire
- Pas vraiment compatible avec la photo : il faut s'arrêter et poser le vélo à chaque cliché
- Si on ne fait pas l'effort d'aller vers les autres, le vélo peut nous enfermer dans une bulle (ce qui peut présenter certains avantages, parfois)
- Sentiment désagréable de découvrir les choses seulement en surface, de manière superficielle
- On devient assez dépendant vis à vis de la météo (quelles saucées je me suis pris pendant ce mois d'août d'ailleurs !)

Affaire à suivre ...

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